Retraite par capitalisation : le retour ?

9 Mai 2011
Franck Stassi
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Retraite par capitalisation : le retour ?
Il y a deux ans, les fonds de pension chargés de gérer les retraites par capitalisation étaient emportés par la crise financière. Aujourd’hui, cette solution refait parler d’elle. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il envisageait d’utiliser l’assurance-vie. Il s’agirait de permettre aux retraités dépendants de transformer le pactole accumulé via ce produit d’épargne en rente jusqu’à leur décès. L’assurance-vie est le produit privilégié des Français: les plus-values sont exonérées d’impôts (sauf CSG) et le capital est transmis en franchise de droits de succession en cas de décès, jusqu’à un certain plafond. Les Français pourraient ainsi faire l’arbitrage eux-mêmes, entre subvenir à leurs propres besoins lorsqu’ils vieillissent en consommant leurs économies ou transmettre un héritage à leurs enfants.

Article publié pour la première fois le 08/05/2009

"Un fonds de pension collectif : c’est la manière dont j’envisage le financement des retraites", expliquait en octobre 2007 Ségolène Royal, alors candidate socialiste pour l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy et François Bayrou s’étaient aussi prononcés en faveur d’un système similaire, adapté pour la France. Ce retour en arrière prend tout son sens aujourd’hui : les futurs retraités peuvent se féliciter qu’aucun programme de ce type n’ait été mis en œuvre ! La crise financière et boursière a eu des dommages collatéraux sur les fonds de pension, dans de nombreux pays : en quinze mois, les fonds américains ont perdu 1.700 milliards de dollars.

Les retraites par capitalisation en pleine débâcle

Quatre solutions principales permettent de faire face à la hausse du nombre d’actifs retraités, la hausse de l’espérance de vie et le recul du nombre d’actifs cotisants : accroître les cotisations (avec les risques que cela engendre sur le coût du travail), baisser le niveau des retraites (ce qui provoquerait une baisse de pouvoir d’achat), repousser l’âge de la retraite (la loi Fillon de 2003 fait progressivement passer la durée de cotisation jusqu’à 42 ans, en 2012, ce qui incite à travailler plus longtemps), ou introduire un système de capitalisation (chaque actif, pendant toute la durée de vie active, se constitue un capital qu’il récupère lorsqu’il part à la retraite, et qui peut être majoré d’intérêts, des « fonds de pension » étant chargés de placer cette épargne sur les marchés financiers et de la gérer).

Aux États-Unis, où les fonds de pension et les comptes d’épargne retraite ont perdu 20 % de leur valeur sur les quinze derniers mois, on distingue deux systèmes, touchés par la crise financière. Les plans à prestations définie sont pour objectif de protéger l’épargnant contre la volatilité des marchés, mais ils ont perdu en moyenne 16,5 % de leur valeur sur les neuf premiers mois de 2008. Dans ce cas, les entreprises gestionnaires doivent compenser les pertes subies.

Autre système, les régimes à cotisations définies, dans lesquels l’employeur s’engage à verser des cotisations régulières à un gestionnaire qui les reversera augmentées de leur revenu, ne sont pas en reste. L’employeur n’apportant pas de garantie sur le montant de la rente, toute la responsabilité en revient aux gestionnaires. Ils affichent eux aussi des baisses sensibles de leur valeur, et touchent les 47 millions d’Américains souscripteurs à un tel plan. Ces dernières années, les plans à prestations définies n’ont cessé de perdre du terrain au détriment des régimes à cotisations définies, qui présentent l’avantage de pouvoir bénéficier d’un crédit d’impôt en compensation de ce risque. Leur perte s’élève à 13,5 %.

Des pertes, quel que soit le risque encouru

Partout sur le globe, les fonds de pension sont à la peine : aux Pays-Bas, le fonds responsable des pensions des fonctionnaires affiche une perte de 10 % depuis le début de la crise. En Pologne, où la souscription à un fonds privé est obligatoire, la perte moyenne s’élève à 14 %. Au Chili, où les reculs sont comparables, les fonds de pension sont totalement privatisés depuis 1981, et affichent, au-delà de la seule crise, de piètres performances : plus de la moitié des retraités n’auraient pas touché de pension, leur durée de cotisation étant trop faible.

Le principe d’une pension minimum pour les plus démunis, sur des fonds publics, a été adopté. En Argentine, où les pertes se montent à 45 %, les fonds, partiellement privatisés depuis 1994, sont en phase de nationalisation. Une façon de corriger des problèmes récurrents, parmi lesquels le nombre de cotisants : il est en théorie de 9 millions, mais seuls 3,5 millions participent régulièrement. Le montant total des fonds s’élève à 30 milliards de dollars.

Toutefois, cette débâcle du système de retraite par capitalisation ne signe pas la "victoire" des retraites par répartition : il dépend de l’activité, et le contribuable est largement mis à contribution (l’an dernier, le déficit de la branche retraite a atteint les 5,7 milliards d’euros).


Franck Stassi

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