Désinformations économiques sur les 35 heures

9 Août 2010
Denis Gouaux
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Désinformations économiques sur les 35 heures
Il y a dix ans, entrait en vigueur la loi "Aubry 2" sur les 35 heures. Après avoir été sévèrement critiquées, les 35 heures se sont finalement imposées. Il faut dire que le « Travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy a été sévèrement amoché par la crise économique. Ainsi, les multiples mesures prises depuis 2002 pour venir à bout des 35 heures n’ont pas eu l’effet escomptées. Elles coûtent une fortune et ont impact limité sur le temps de travail. A elle seule, la défiscalisation des heures supplémentaires coûte à l’Etat environ quatre milliards d’euros par an.

Article publié pour la première fois le 07/08/2008

Nos suprêmes autorités sont conseillées au plan économique par un organisme proche du Medef, le Centre d'Observation Economique et de Recherches pour l'Expansion de l'Economie et le Développement des Entreprises (Coe-Rexecode). Le dernier document de travail qui en est issu traite des "Tendances de l'emploi en France et en Europe à la mi 2008".

Puisque la pétillante Ministre de l'Economie (Christine Lagarde) et notre hyper Président vont utiliser cette étude pour justifier les réformes de la rentrée, jetons-y un oeil critique. La principale conclusion des auteurs est la suivante: la France crée bien plus d'emplois depuis que la durée de travail augmente et il convient d'améliorer la « réactivité » de notre économie en diminuant la part des emplois publics et aidés, et en flexibilisant le marché du travail.

Tout ceci est démontré avec force chiffres, graphiques, tableaux... Nous applaudissons à deux mains ce travail statistique mais nous remarquons que les chiffres démentent les conclusions hâtives des auteurs. Il est possible de construire un discours inverse à partir de leurs propres données. Démonstration.

1. Les 35 heures ont été mises en oeuvre alors que la France travaillait "trop".

Avant la mise en œuvre des 35 heures, soit au milieu des années 90, le salarié français travaillait plus que la moyenne européenne (p.12). Que la France était vaillante alors… et pourtant cette période correspondait à un chômage record (environ 12% de la population active).

2. La période de mise en oeuvre des 35 heures (1999-2002) a amélioré le contenu en emploi de la croissance.

Tout d’abord, de quoi s'agit-il ? On désigne par "contenu en emploi de la croissance" la façon dont les créations d'emploi réagissent à l'activité économique. Par exemple, en 2007, lorsque le PIB augmente de 1%, l'emploi progresse de 0,6 %. Le contenu en emploi de la croissance est de 0,6.

Avant les 35 heures, la croissance ne créait pas d'emplois parce que les entreprises pouvaient produire plus à effectifs constants en allongeant la durée de travail ou en accroissant les rendements. Soit un contenu en emploi de 0 (cf. graphique p.7).

Entre 1998 et 2002 : le contenu en emploi de la croissance se redresse à 0, 7. Les 35 heures ont encouragé l'embauche de salariés supplémentaires ou sauvé de nombreux emplois. La croissance était forte et la productivité par tête diminuait.

2002-2006 effondrement du contenu en emploi de la croissance (0,2) ...alors que la durée de travail augmente consécutivement à la loi Fillon de 2003.

2007 : amélioration du contenu en emploi de la croissance alors que la croissance repart à la hausse (jusqu'à la mi 2007) et que la productivité recule de façon paradoxale, comme nous en discuterons plus bas.

Les auteurs confrontés à ces chiffres se livrent à une contorsion intellectuelle confondante. Citons-les : "Le paradoxe est que le contenu en emploi de la croissance avait nettement diminué en France après la mise en oeuvre des "35 heures". Il est remonté en 2007 et revient dans la tendance européenne."

Le paradoxe est plutôt de ne pas comprendre qu' "après la mise en oeuvre des 35 heures "... ce n'est déjà plus la période des 35 heures puisque dès 2003 les horaires travaillés augmentent en moyenne. Quelle logique ! Imaginons un boom économique depuis l'arrivée de l'actuelle majorité, les économistes précis de Rexecode auraient-ils trouvé là un effet des 35 heures ? on en doute...

3. Ce qui importe ce n'est pas de travailler "plus" mais "mieux".

Rexecode constate que la productivité du travail connaît un ralentissement sans s'en inquiéter outre mesure. Or c'est assez grave car cela indique que l'augmentation des horaires annuels ne permet même plus de maintenir le rendement de chaque salarié. Ceci peut signifier que l'appareil productif vieillit, que les méthodes et les conditions de travail sont à revoir, que l'on use la main d’œuvre et qu'il faut soutenir l'investissement.

4. D'autres études montrent que la remise en cause des 35 heures menace l'emploi.

Dès juillet 2007, les économistes de l'Office Français des Conjonctures Economiques (OFCE) ont estimé les conséquences du "choc fiscal" de 2007 dont la défiscalisation des heures supplémentaires est un axe fort : à moins d'une généralisation de la flexibilité des horaires de travail, on pourrait assister d'ici 5 ans à une destruction de 150 000 à 300 000 emplois.

Pour en savoir plus :
Les 35 heures : un bouc émissaire idéal
Les explications de Martine Aubry sur les 35 heures


Denis Gouaux

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