Les 25 ans du Traité de Maastricht, et après ?

14 Février 2017
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Depuis deux siècles, l’Europe tente d’unifier les cours de change de ses principaux Etats-membres. Les tentatives furent nombreuses : franc-or (ou franc germinal) de Napoléon Ier, Union Monétaire Latine imaginée par Napoléon III en 1865, Conférence de Genève et Accords de Gênes de 1922, bloc-or de 1933, Accords de Bretton Woods de 1944 fondés sur une parité-or entre les principales puissances développées d’après-guerre, etc.

Du SME à l’euro

Les 25 ans du Traité de Maastricht, et après ?
Après le sabordage de Bretton Woods en 1971, les États européens imaginèrent un éphémère Serpent Monétaire (1972 à 1978) avant de créer en 1979 le Système Monétaire Européen (SME) qui perdura, malgré de nombreux chocs en 1992 et 1993 jusqu’en 1999, année de l’introduction de l’euro. En 1999, les marges de fluctuation des douze monnaies participantes furent resserrées définitivement jusqu’à cristalliser les devises sur leur cours-pivot. L’euro était né et remplaça l’écu, une unité de compte européenne utilisée depuis 1979. Les États abandonnèrent leur droit régalien de battre monnaie. La zone euro adopta un système de cours de change fixe, incidemment très éloigné du principe de subsidiarité qui prévaut en Europe. Aujourd’hui, l’euro regroupe 19 pays. Mais l’euro a inexorablement dérivé vers une monnaie allemande, c’est-à-dire caractérisée par une tendance déflationniste. Avec retard, la BCE dût d’ailleurs faire tourner la planche à billets pour surmonter la crise économique et les difficultés d’endettement de certains États.

L’euro est, pour partie, responsable de la difficulté à renouer avec la croissance économique car c’est une devise absolue dont la gestion est essentiellement fondée sur un objectif d’inflation de 2 % plutôt que sur un ancrage dans l’économie réelle et l’emploi. Aujourd’hui, l’argumentation politique de la gestion de la monnaie unique repose sur le respect des déficits budgétaires (et donc des endettements publics) alors que c’est aux déficits commerciaux (qui reflètent l’équilibre entre les exportations et les importations domestiques) qu’il faudrait prioritairement s’intéresser. La dévaluation/réévaluation des devises des États-membres de la zone euro n’étant plus possibles, l’euro est une monnaie moyenne, c’est-à-dire trop faible pour les États-membre forts (et exportateurs nets) et trop forte pour les États-membre faibles (et importateurs nets).

Un équilibre fragile

Si la zone euro porte en elle la contradiction de son propre projet, et cette dernière est aggravée par des endettements publics en croissance et l’impossibilité de procéder à des dévaluations internes ou à des stimulations de la consommation intérieure, alors il faut considérer une adaptation idéologique. Celle-ci consisterait à postuler que le but premier de l’euro est la croissance de l’emploi, voire le plein-emploi. Cela supposerait une modification structurelle du mandat de la BCE mais ce n’est pas irréalisable : les États-Unis ont structuré leur politique monétaire dans ce sens. Il s’agirait donc d’aller au bout d’un marché unique. Il faudrait aussi assurer la constitution d’une fédération fiscale et budgétaire digne d’une monnaie commune.

Il s’imposerait aussi de mettre en œuvre, de manière circonstancielle, des politiques de stimulation de la demande tout en élargissant le mandat de la BCE afin de tenir compte du niveau d’activité économique dans la politique monétaire. Plus que jamais, la perpétuation de l'euro repose sur le fragile équilibre de l'axe franco-allemand. Sans sursaut moral et une action politique décisive, un fait politique pourrait conduire à une sécession monétaire ou, pire, déclarer un véritable schisme qui mettrait fin à une des plus stupéfiantes expériences de l’histoire des monnaies. Ce scénario ne peut pas être moralement considéré.

A propos de l'auteur : Bruno Colmant est chef économiste chez Banque Degroof Petercam.



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