Faut-il spéculer sur le pétrole ?

13 Mars 2012
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Le cours du pétrole semble parti dans une hausse irrésistible. L’automobiliste doit payer actuellement son essence aux environs de 1,70 €/l, alors que son plus haut historique précédent, en mai 2008 était voisin de 1,50 €/l. Mais le Français réputé râleur proteste mollement. Il semble résigné à l’inévitable. Peut-on profiter de cette hausse pour spéculer en bourse ?

Offre et demande…

Faut-il spéculer sur le pétrole ?
Le coût du carburant est directement lié au cours du pétrole brut. Celui-ci est fixé à la bourse de New York, pour le « light », et à celle de Londres pour le « Brent » (à l’origine, brut de la Mer du Nord, d’une qualité un peu supérieure au light). Le Brent alimente des raffineries européennes, et son cours est plus sensible à des troubles au Moyen Orient que pour le light (le différentiel, habituellement est de 2 à 3 $ en faveur du Brent ; actuellement, il est de 18$, à cause d’abord de la Lybie, et maintenant de l’Iran). Les bourses fonctionnent comme une vente aux enchères, le cours étant fixé par l’offre et la demande. Le principal paramètre influant sur le cours est donc l’évolution de la production et de la consommation de pétrole. Voici cette évolution au niveau mondial depuis 9 ans :

Évolutions de la production et de la consommation de pétrole en milliers de baril par jour (Source : BP Statistical Review)
Évolutions de la production et de la consommation de pétrole en milliers de baril par jour (Source : BP Statistical Review)
Si on fait abstraction de la chute de 2009 due à la crise, on constate une croissance continue de la consommation, et une stagnation de la production depuis 2005 (l’écart entre production et consommation est comblé par les carburants non conventionnels, éthanol de maïs et de canne, huile de schiste …). La progression de la consommation provient uniquement des économies émergentes, celles des pays industrialisés reculant légèrement, de 1% par an.

Le fait marquant est la stagnation de la production depuis 7 ans, en fait une démonstration que le pic de production (« peak oil ») a été atteint : désormais la production mondiale ne peut plus croître. Selon la théorie du peak oil, la courbe de production va décroître, à la fin du plateau actuel. Ce sera la phase de déclin. Quand va-t-elle démarrer ? D’après certains experts, bientôt. Olivier RECH, ancien expert de l’AIE, situe ce point en 2015. L’armée américaine le place dès cette année 2012, avec en 2015 une chute de 10 millions de barils/jour (pour 82 Mb/j actuellement). Une telle chute signifiera le début de difficultés considérables pour l’économie mondiale, avec forte hausse du cours.

Et la spéculation !

Il est très probable que cette hausse provoquera une crise économique mondiale, qui, comme en 2008, provoquera une chute de la consommation de pétrole, donc une baisse du cours. Et à plus long terme, les perspectives ne sont guère réjouissantes, surtout si on pense que le pétrole entre pour 45 % dans le prix de revient des aliments. 2008 avait déjà vu une forte flambée du cours mondial des denrées alimentaires.

Le deuxième facteur influençant le cours du brut est la spéculation. Celle-ci provient des entités qui ont des capacités de stockage, pays producteurs et entreprises pétrolières. Ces stocks ont une capacité limitée (compte tenu des énormes volumes en jeu, 1 milliard de litres par jour !). Le principal stock des Etats Unis (en dehors des stocks stratégiques), situé à Cushing, Oklahoma, a une capacité de 360 millions de barils, soit 20 jours de consommation. Ce qui limite la durée des phases spéculatives mais dont l’ampleur peut être importante, compte tenu de la faible élasticité du pétrole.Voici l’évolution du cours du Brent depuis 2006 (moyennes mensuelles) :


Évolution du cours du Brent, en dollars, depuis 2006 (moyennes mensuelles)
Évolution du cours du Brent, en dollars, depuis 2006 (moyennes mensuelles)

Commentaires sur le graphique :

(1) Le pic de mai 2008 était dû à une insuffisance de la production. L’Arabie Saoudite avait en réserve des puits productifs mais non équipés, ce qu’ils firent en hâte (il faut 3 mois)… mais ils dépassèrent largement le besoin du marché, ce qui provoqua une chute profonde, qui fut stoppée en janvier 2009, quand le producteur retira 4 Mb/j du marché, qui furent par la suite progressivement remis sur le marché. Aujourd’hui, malgré les rodomontades de ce pays (qui vient de se vanter de pouvoir augmenter sa production en « tournant un robinet »… mais on ne voit rien venir actuellement), il semble qu’il n’ait plus de production supplémentaire disponible.

(2) On distingue le pic dû à la Lybie, en avril 2011, spéculatif. Il a fallu 10 mois pour le dégonfler.

(3) Actuellement, nous sommes dans un nouveau pic en formation en partie spéculatif dont nous ne connaissons pas l’issue, celui de l’Iran. Il est probable qu’à mesure que l’embargo sur le pétrole iranien prendra effet (jusqu’au 30 juin 2012), le cours continuera à monter. Si la guerre éclate entre Israël et l’Iran, avec blocage du détroit d’Ormuz, le cours pourrait bondir de 100 à 150%. Si l’affaire se calme, le cours devrait un peu diminuer par rapport au niveau actuel.

Manque de visibilité sur plus long terme

Remarquons que le cours a doublé en cinq ans, depuis début 2007 (soit en moyenne +15%/an). Pour l’avenir, les propos sont plutôt alarmistes, tel celui du PDG de Shell qui a déclaré au Financial Times en février 2012 : "La production des champs existants décline de 5 % par an à mesure que les réserves s'épuisent, si bien qu'il faudrait que le monde ajoute l'équivalent de quatre Arabie saoudite ou de dix mers du Nord dans les dix prochaines années rien que pour maintenir l'offre à son niveau actuel, avant même un quelconque accroissement de la demande."

Mais aux États-Unis, on déclare que le pétrole de schiste dont l’exploitation vient de commencer va reléguer au musée le peak oil… Il est vrai que cette exploitation du pétrole de schiste, très nocive pour l’environnement, est en plein boum aux Etats Unis (c’est une nouvelle ruée vers l’or noir). Cependant, l’agence pour l’énergie américaine indique des chiffres modérés de production, 1,7Mb/j, qui permettraient de baisser de 20% les importations américaines, et de compenser la baisse de la production domestique à partir de 2020. A suivre, cependant.

Bref, oui, c’est très probable, le pétrole va continuer à monter. Mais des incertitudes subsistent. Et comme toujours en Bourse, le spéculateur prendra un risque de ne pas gagner… Si toutefois vous tenez à tester vos capacités de broker, je vous signale un certificat indexé sur le cours du Brent, émis par Royal Bank of Scotland (ISIN code FR0010371534).



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