La lourde tâche qui attend Emmanuel Macron sur le travail indépendant

10 Mai 2017
Grégoire Leclercq
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Le chantier qui attend le président de la République sur le travail indépendant est colossal. C’est sans doute une des priorités. A lui de donner le choc de confiance attendu par le secteur, pour véritablement remettre la France en marche, économiquement et moralement. Il concerne près de huit millions d'individus, bientôt quinze.



Il faut l’avouer, le bilan rendu par son prédécesseur n’est pas brillant : baisse massive des inscriptions au régime auto-entrepreneur, complexification des démarches administratives, perte de confiance des Français dans les dispositifs de création d’activité, persistance d’un galimatias indescriptible de régimes, statuts, dérogations, exceptions, exclusions, clauses et autres inepties juridiques, évolutions lentes et mais visiblement pas salutaires du RSI…

Un chantier technique immense

Ce n’est donc rien de dire qu’il faut remettre la France en marche, mais il faut le faire rapidement ! Par exemple, les discussions pour faire émerger la Loi Pinel ont pris deux ans et demi ; les aménagements de la Loi Sapin 2 ne sont toujours pas publiés intégralement dans les décrets ; l’article 60 de la Loi Travail qui améliore la protection des indépendants affiliés à une plateforme n’a pas encore de décret finalisé. Pourtant, il y a urgence à massifier, élargir et éclaircir l’exercice du travail indépendant. L’économie collaborative émerge, le travail freelance ne cesse de se développer. Cette dynamique de l’économie des services à la demande et des plateformes digitales, entretient un essor exponentiel. Elle exigera très vite une clarification, tant sur les qualifications que sur les régimes ou sur la potentielle situation de salariat déguisé. C’est la condition indispensable à l’émergence de tout un pan de la French Tech, orienté vers l’économie de plateformes.

Le chantier technique n’est pas à minimiser, tant il est ample : simplification administrative, réflexions sur les qualifications professionnelles, refonte de la protection sociale, création d’un droit au chômage, clarification de la fiscalité et en particulier de la CFE, remise à plat juridique des conditions de requalification, responsabilité sociale des plateformes, mise en œuvre des tiers de confiance… Ce chantier est d’autant plus complexe qu’il implique de nombreux acteurs divers, relevant chacun de ministères ou de directions centrales différentes, et par définition ne partageant pas le même calendrier, les mêmes priorités, les mêmes contraintes.

Eviter un affrontement stéril

Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cette révolution des modes de travail est tout sauf technique. Elle est un formidable levier politique dans un quinquennat qui sera scruté à l'aune de ses résultats sur le chômage ! Qui dit travail indépendant dit levier d’insertion, dit rebondissement professionnel, dit lutte contre le travail au noir, préférence pour l’activité plutôt que pour l’assistanat, levier de croissance bien évidemment… Qui dit assouplissement du code du Travail dit nécessairement, par effet de bord, montée en charge des modes de travail alternatifs (freelance, portage salarial, contrats d’usage, assimilés salariés). On mesure l’esprit de synthèse et d’apaisement qu’il faudra déployer pour éviter l’affrontement stérile des tenants du salariat exclusif contre les défenseurs d’une indépendance excessive.

De même qu’il faudra unir la grande famille des indépendants autour d’intérêts communs et partagés, pour éviter là encore les éternels conflits. Certes, les indépendants ne se ressemblent pas tous. De l’auto-entrepreneur prestataire de services informatiques, au VTC en SASU, en passant par le coiffeur de quartier et le patron de l’entreprise générale du bâtiment, employeur de 3 salariés, il y a un monde. Un monde disparate, où l’hétérogénéité des métiers, des qualifications, des histoires, des organisations syndicales, des tailles d’entreprises et des régimes n’aide pas à une vision globale du sujet.

A propos de l'auteur : Grégoire Leclercq est président de la Fédération des Auto-Entrepreneurs (FEDAE).


Grégoire Leclercq

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