La fin de l'économie "rythmée"

24 Aout 2017
Bruno Colmant



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La théorie keynésienne préconisait une économie «rythmée», c'est-à-dire que les Etats s’endettent pour financer de grands travaux d’intérêt public et productif en cas de récession tandis qu'ils devaient réduire leur endettement lorsque l’économie se portait mieux. Or, le vieillissement de la population et la baisse de la croissance des gains de productivité nous entraîne dans une économie caractérisée par un trop faible taux de croissance pour envisager d’amples variations conjoncturelles.

Keynes enterré une seconde fois

La théorie keynésienne est extrêmement riche et complexe car Keynes était un marginaliste, c’est-à-dire qu’il considérait les évolutions économiques à leur tangente. Il recommandait que les Etats s’endettent pour financer de grands travaux d’intérêt public et productif en cas de récession tandis que ces mêmes Etats devaient réduire leur endettement lorsque l’économie se portait mieux. La théorie de Keynes suppose donc une économie « rythmée ». Or, le vieillissement de la population et la baisse de la croissance des gains de productivité nous entraîne peut-être dans une économie atone et caractérisée par un trop faible taux de croissance pour envisager d’amples variations conjoncturelles.

Certains évoquent même une stagnation séculaire, même si cette intuition doit être sujette à caution. L’économie n’est plus « rythmée » car aucun retour à une prospérité robuste ne semble plausible endéans une décennie. C’est pour cette raison que l’Allemagne, dont l’ordolibéralisme a toujours écarté le keynésianisme, n’aime pas cette théorie. Ce pays fait face à un gigantesque déficit démographique (qui, dans certains pays comme la Belgique, est amplifié par l’absence financement accumulé des engagements en matière de retraite). Ce dépeuplement est récessionnaire et structurel. L’Allemagne ne veut pas y répondre par une politique keynésienne de défaut budgétaire car il n’y aura pas de rebond. Même en période de récession, l’Allemagne exige donc un équilibre budgétaire. Or, cette exigence n’est pas compatible avec la réalité de pays plus faibles qui ne peuvent pas se le permettre. Ceci souligne incidemment l’incongruité d’avoir associé des pays très différents dans l’euro.

A propos de l'auteur : Bruno Colmant est chef économiste chez Banque Degroof Petercam.

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