De l'acier contre du bourbon

13 Juillet 2017
Bruno Colmant
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À l'heure où l’administration Trump envisage d’imposer des restrictions aux importations d’acier européen et que les Européens envisagent d’appliquer des règles tarifaires au bourbon, le monde renoue avec un de ses démons : le protectionnisme.



L’administration Trump envisage d’imposer des restrictions aux importations d’acier européen, tandis que les Européens envisagent d’appliquer des règles tarifaires au bourbon. Pour rappel, le bourbon, (dont la production n’est pas limitée au Kentucky) est un remarquable alcool de maïs vieilli en fût de chêne.

Le protectionnisme est de retour

De l'acier contre du bourbon
Le monde renoue donc avec un de ses démons : le protectionnisme. Il faut des décennies pour ouvrir les frontières, mais quelques jours suffisent à les fermer. Pourquoi ce réflexe néfaste ? Parce que la crise économique et l’absence de croissance conduisent les hommes à chercher des replis identitaires pour exorciser une mondialisation qui les inquiète. Le protectionnisme n’est d’ailleurs qu’un des indices de tensions internationales, puisque comme l’avait postulé le mythique patron de Fiat, Gianni Agnelli : « Là où les camions passent, les armées ne passent plus ». Quelles sont les formes de protectionnisme ?

L’histoire en recense plusieurs : barrières à l’entrée de biens importés sous forme de contraintes tarifaires et douanières, quotas, dépréciation d’une devise pour renchérir le prix des produits importés et stimuler les exportations, discriminations portant sur : la qualité des biens et services, engouements patriotiques (« Buy American », « Achetez Wallon », etc.), normes techniques et sanitaires, contraintes en matière de contrats publics, etc. Le protectionnisme semble intuitivement être une bonne chose, surtout s’il est conforté par une nécessité d’assurer des conditions salariales et sociales équivalentes aux biens et services produits de manière domestique ou à l’étranger. On protège temporairement des emplois locaux au détriment de l’étranger. Mais très rapidement, c’est le consommateur du pays qui s’engage dans le protectionnisme qui en est la victime : son pouvoir d’achat diminue et le niveau d’activité du pays (qui se croit) protégé se tasse. En effet, l’avantage des importations qu’on veut contrarier disparaît et doit être payée par le consommateur domestique.

Guerre des monnaies en vue

De surcroît, les pays qui s’engagent dans le protectionnisme partent souvent du postulat que les autres pays l’absorbent de manière passive. Or rien n’est plus faux : le protectionnisme entraîne sa propre perpétuation et sa généralisation, et aboutit souvent à des guerres des monnaies, c’est-à-dire des dévaluations compétitives. On renoue alors avec un vieil adage économique qui consiste à exprimer la recherche de sa prospérité au détriment des autres pays sous le vocable « Beggar my neighbour » (Je fais de mon voisin un mendiant).

Au reste, les entreprises protégées par le protectionnisme deviennent moins performantes car elles ne sont pas confrontées à une juste mise en concurrence. Il en résulte des baisses en matière de gains de productivité et d’innovation. La variété et l’innovation des biens et des services en pâtissent. Le protectionnisme est un soulagement qui confond l’immédiat et l’avenir. Le commerce international est porteur de paix et surtout de prospérité multilatérale. Y renoncer conduirait à des appauvrissements généralisés qu’il faut exorciser.

A propos de l'auteur : Bruno Colmant est chef économiste chez Banque Degroof Petercam.


Bruno Colmant

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