Crise financière : "les subprimes ne sont que la partie émergée de l’iceberg"

22 Septembre 2009
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Crise financière : "les subprimes ne sont que la partie émergée de l’iceberg"
Il y a deux semaines, on pensait la crise endiguée. Aujourd’hui, la revoilà plus forte que jamais. Le lundi 21 janvier, déjà appelé le « lundi noir », aura été un mini- crack boursier : - 7% pour le CAC 40 et - 8,8% pour le Dow Jones pour ne citer qu’eux. Le milieu banquier n’a pas été non plus épargné : le cours des cinq principales banques françaises s’est effondré face à la crainte d’une répercussion de la crise des rehausseurs de crédit. Autant dire que la crise financière est au centre de toutes les discussions. Mais de quelle crise parlons-nous ? Entretien avec Guillermo Hillcoat, maître de conférence à l’Université Paris 1 et responsable de la Chaire des Amériques, pour y voir un peu plus clair.

Economie et Société : Comment expliquez-vous la crise financière que l’on traverse depuis juillet 2007 ?

Crise financière : "les subprimes ne sont que la partie émergée de l’iceberg"
Guillermo Hillcoat : Pour bien comprendre les mécanismes en jeu, il ne faut pas rester focalisé sur la crise des subprimes. Les subprimes ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Par exemple, la Société Générale n’était exposée qu’à hauteur de 2 milliards d’euros aux subprimes. Or, elle a dénoué des positions pour près de 50 milliards d’euros.

Nous sommes confrontés avant tout à une crise bancaire ; déclenchée par la crise immobilière des Etats-Unis en 2007. Depuis bientôt une dizaine d’années et en particulier après l’explosion de la bulle internet et la crise de 2001, la Fed, la Banque centrale américaine, a injecté beaucoup de liquidités. Les banques ont alors pris en charge le recyclage de ces liquidités en généralisant les mécanismes de titrisation

E. S : Qu’est-ce que la titrisation ?

G. H : La titrisation est une technique financière qui consiste à transformer des créances ou d’autres actifs en titres financiers, permettant ainsi aux banques de transférer leurs risques sur le marché. En effet, les mécanismes de titrisation permettent aux prêteurs de dégager des commissions de leurs activités sans pour autant être exposés aux risques de crédit, de marché ou de liquidité puisqu’ils vendent les prêts qu’ils accordent.

Pour la plupart, ces activités n’apparaissent pas dans le bilan des banques. On a donc du mal à situer leurs positions et à quelle hauteur elles sont engagées. Ainsi, une fois la crise des subprimes déclenchée, aucune banque n’était en mesure d’évaluer précisément son degré d’exposition. Après avoir été les protagonistes du recyclage des surliquidités, elles en sont devenues, in fine, les victimes.

E. S : Pourquoi la crise de subprimes s’est-elle propagée à l’ensemble du système financier ?

G. H : Elle s’est propagée à l’ensemble du système financier pour deux raisons : tout d’abord, à cause du phénomène de titrisation que nous venons d’aborder et enfin, à cause de la méfiance du marché interbancaire après l’annonce des pertes. Deux indicateurs permettent d’appréhender l’ampleur de cette « contamination » : le volume des pertes et l’écart entre le Libor, taux interbancaire, et le rendement des bons du trésor américain.

Selon les bilans de janvier, le montant total des pertes assumées s’élèverait à 133 milliards de dollars, d’autres sources estiment que les de pertes pourraient atteindre les 300 milliards de dollars. En janvier 2007, avant le début de la crise, l’écart entre le Libor et le rendement des bons du trésor américain n’était que de 0,24 point. Un an plus tard, il s’élève à 1,2% après avoir atteint 2 points en août 2007.

E. S : Comment faire pour sortir les banques de cet engrenage ?

G. H : Il faudrait perfectionner le dispositif prudentiel destiné à mieux appréhender les risques bancaires. Trois pistes doivent être développées. Tout d’abord, les exigences en fonds propres doivent être revues à la hausse. Ensuite, il faut mettre en place une surveillance beaucoup plus étroite des produits dérivés. Enfin, dernier point très important, les Agences de notation doivent mieux évaluer les engagements hors bilan des banques, tout en s’assurant de l’indépendance des Agences de notation vis-à-vis des banques. Un tel chantier demande une action conjointe de la BRI, du G7 et du Fonds monétaire international (FMI).

En attendant deux questions urgentes se posent : quelle est l’ampleur des pertes de chaque banque ? et comment procéder à la recapitalisation des banques ? Pour la première, il est clair que nous ne sommes pas encore parvenus à évaluer précisément le positionnement de chaque banque. Pour la deuxième, puisque les contribuables des pays développés ne peuvent pas tout assumer, les fonds souverains sont devenus les prêteurs en dernier ressort afin d’éviter la faillite de grands groupes bancaires. Les exemples ne cessent se multiplier.

Parmi les plus importants, nous pouvons citer : le fonds Abu Dhabi Investment Authority, des Emirats Arabes Unis qui a acheté pour 7,5 milliards de dollars d’actions convertibles de Citigroup, le gouvernement chinois, via le China Investment Corp qui a acheté 10% du capital du fonds Blackstone pour 3,3 milliards et 2,2 milliards pour la banque britannique Barclays et le gouvernement de Singapour qui a investi 4,4 milliards de dollars via le fonds Temasek pour devenir actionnaire de Merrill Lynch. Et si rien n’est fait, cette tendance ne s’arrêtera pas là.



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