Economie et société - Les clés pour comprendre l'actualité

Comment conduire le rouleau compresseur de l’économie ?

19 Février 2013
Louis Peretz
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L’économie est comme un rouleau compresseur, dont elle a la puissance et la lenteur. Son moteur peut aussi bien fonctionner au ralenti, avoir des ratés, ou s’emballer. L’économie, peut rester sur place, au point mort : elle tourne toujours, mais rien ne bouge. Si elle recule, cela s’appelle la récession, ou dépression selon la durée et la profondeur de la baisse du produit intérieur brut (PIB). Les conséquences sont catastrophiques sur le plan social (accroissement général de la pauvreté).

Les trente glorieuses

Comment conduire le rouleau compresseur de l’économie ?
Sans revenir sur la grande dépression des années 30, on peut comprendre la crise actuelle en partant de l’après-guerre, après 1945 donc. Ce fut le début de ces fameuses trente glorieuses (de 1945 à 1975) période où la France, avide de se moderniser entamait une forte croissance, Les Français voyaient arriver en provenance des U.S.A de nombreux films qui montraient « l’American way of life ». Ils rêvaient de logements et de voiture synonyme de progrès de modernisation et promesse de liberté.

Après l’économie de guerre, les pays du monde occidental renouent rapidement avec une économie de paix, naturelle, de type keynésien qui lie la croissance avec l’emploi. Il y eut un besoin évident de tout reconstruire sur de nouvelles bases. Dans l’industrie, le bâtiment, les investissements sont énormes, aidés par l’apport considérable de prêts du plan Marshall. Par ailleurs, le pétrole devenant bon marché (pour les besoins de la guerre, il était devenu abondant), l’industrie automobile prenait son essor.

Si l’industrie de guerre américaine, s’est rapidement reconvertie dans la production civile, la production des armes n’a pas été totalement abandonnée : l’Amérique décidait, ce qui n’avait jamais existé auparavant, non seulement de vendre ses surplus de guerre, mais de continuer à en fabriquer pour les vendre à d’autres pays. (Jusqu’alors, chaque pays fabriquait jalousement les siennes). Business is business a dû se dire le ministre de la guerre de l’époque, tout en pensant qu’il serait bon que les pays non communistes puisse s’opposer à l’URSS au cas où… La plupart des autres pays occidentaux ont suivi.

La planche à billet

Pendant les trente glorieuses, le crédit immobilier était offert sous l’égide de l’Etat à un taux relativement bas (4 à 5%). Pendant cette période, la croissance a été chaque année de 5% en moyenne. Le plein emploi assuré : 2% de chômeurs en fin de parcours. Mais le crédit restait tout de même limité dans le temps : pour l’achat d’un appartement, on dépassait difficilement la durée de 10-15 ans. Un ou deux ans pour l’automobile. Ce crédit offert par les banques était encadré par la Banque de France. C’était elle qui compensait le différentiel entre le taux de l’inflation à deux chiffres de cette époque et ce faible taux de crédit.

Il lui fallait alors émettre de plus en plus de monnaie, ce qu’on a appelé la planche à billet, avec pour conséquence une augmentation exponentielle de l’inflation : plus il y avait de liquidités en circulation, plus l’inflation augmentait par simple effet mécanique. Il faut noter que les banques contraintes à offrir ce crédit à leur clientèle, dépassaient quelquefois le plafond de prêt autorisé. Elles étaient alors obligées de se pourvoir en liquidités à la Banque de France, lui emprunter à leur tour des fonds dans des conditions telles que l’intérêt qui leur était demandé rendait cette solution onéreuse. Ce qu’elles appelaient aller en enfer.

D’où une course de rattrapage entre le niveau des salaires, pour maintenir le pouvoir d’achat réclamé par les travailleurs, et le niveau de l’inflation qui, à l’inverse, avait tendance à le faire baisser. Cette course a été favorable à la classe ouvrière, lors du fameux « Grenelle » où l’augmentation des salaires de base a été spectaculaire : 15% en moyenne accepté par les grands industriels sous la pression des événements de 68. Il faut aussi noter que pour encadrer l’inflation, l’Etat, alors très présent, avait auparavant bloqué les prix. Ceux-ci ne se sont libérés que progressivement après des mesures d’urgence adoptées par A.Pinay le ministre des finances de l’époque Gaullienne, pour essayer de stabiliser le Franc vis-à-vis de l’étranger.

Inflation

Comme les banques ne gagnaient pas beaucoup d’argent à cet exercice (elles étaient remboursées « en monnaie de singe » disait-on), la situation ne pouvait pas perdurer à leurs yeux. D’autant que la perte de la valeur du franc obligeait à des dévaluations fréquentes, gênant les échanges extérieurs. Les banquiers, comme tous prêteurs, calculaient la rentabilité de leurs prêts sur le moyen et long terme. Ils espéraient que la valeur de l’argent qu’on leur rembourserait, ne se déprécierait pas trop rapidement. C’est la véritable raison de leur désir de vouloir mettre fin à une inflation trop forte, alors qu'elle est présentée par les intégristes du libéralisme comme préjudiciable aux classes défavorisées. La moindre étude montre que c’était faux, ne serait-ce que par le nombre de personnes modestes qui ont pu consommer plus et même avoir accès à la propriété immobilière. Ceci grâce au rattrapage des salaires supérieur au niveau de l’inflation.

En 1982 les plans de rigueur Mitterrandiens ont continué cette politique anti-inflationniste, avec ce que cela suppose de coup d’arrêt sur les revendications salariales considérées comme la source de cette inflation à cause des charges sociales des entreprises considérées comme trop élevées. En conformité avec le dogme libéral, prôné par le « consensus de Washington » dans les années 90, et l'Ecole de Chicago) adopté par des organisations et entreprises internationales, seule la libre concurrence et l’auto-régularisation des marchés permettaient de prolonger la croissance économique et ses bienfaits pour tous (fausse théorie du "ruissellement"). D’où l’idée, pour les pays européens, pour faire face à l’Amérique triomphante, de la création d’une Europe économiquement aussi forte, unie dans un marché commun.

Désindustrialisation

Une autre technique pour diminuer le poids salarial des grandes entreprises a consisté à diviser la fabrication autonome des grandes industries, pour la confier à la sous-traitance. Elles se défaussaient ainsi des risques de grève sur ces PME/PMI. A noter que l'instauration de la TVA a augmenté les prix final payé par le consommateur, puisque le poids de la taxe augmente à chaque transformation opérée par un intermédiaire, chacun de ceux-ci la faisant payer au suivant, comme une "patate chaude". (Auparavant la taxe portait sur le chiffre d'affaires d'une entreprise, à chaque niveau). Dans le marché du travail, la productivité aidant, le chômage augmentait pendant que le niveau des salaires baissait par rapport aux revenus des entreprises et du capital.

La désindustrialisation a ainsi été facilitée depuis cette époque. Le marché de l’automobile, du moins dans les pays occidentaux, et celui de la construction immobilière, ces deux locomotives de l’Economie des trente glorieuses, sont en perte de vitesse, et ne tirent plus la croissance. La consommation courante des ménages, et son risque d'insolvabilité, recours ultime pour prolonger la croissance est insuffisante. La Bourse qui est un indicateur de la santé économique des entreprises s’est retournée d’autant plus facilement que les pertes financières des banques les ont contraintes à arrêter brutalement le crédit qui compensait en quelque sorte le manque à gagner des salariés. Sans oublier l’augmentation des dettes publiques et privées. Point de non-retour, qui accentue encore la baisse du pouvoir d’achat, et risque d'entraîner l’Economie dans une spirale infernale de décroissance.

L’argent des pays occidentaux n’était plus investi dans la production, mais dans l’argent. Il s’était tourné vers la Bourse et les produits à grand rendement mais à risques, d’autant plus facilement que les mouvements de capitaux pouvaient se placer librement à une vitesse inconnue sur toutes les places financières du monde, grâce aux ordinateurs. La spéculation est d'autant plus facile que les "ventes à terme" ne portent que sur les résultats des opérations, sans qu'il soit nécessaire d'avoir la totalité de la somme engagée. Les freins, les frontières, qui existaient dans nos pays avant le traité de Maastricht, ont disparu progressivement. Les paradis fiscaux alimentés par la liberté des mouvements de capitaux, se sont multipliés, avec ce que cela suppose de manque à gagner pour les impôts nationaux.

Répartition de revenus

Reste un compte à régler d’urgence : la répartition de revenus travail-rente : le monde capitaliste a considérablement déséquilibré cette répartition en faveur du capital. Il est passé de 30% à 40% diminuant le rapport du travail. Cette distorsion est dangereuse. Actuellement, la consommation par le crédit ne tire plus autant l’économie qu’auparavant. Le libéralisme engagé dans la voie de l’ultralibéralisme, cause sa propre perte. C'est souvent le cas quand l'équilibre des forces qui fait fonctionner un système est rompu. La libre entreprise et ses grandes entreprises de plus en plus nombreuses a engendré une économie capitaliste financière excessive avec les contradictions dénoncées en son temps par Marx... et par Keynes.

Le marché commun celui des traités de Rome, de Maastricht et maintenant de Lisbonne se sont fourvoyés en prônant la suppression de toutes les barrières aux mouvements de capitaux*. Il y d’autre façon de progresser, plus lentement peut-être, mais plus sûrement. Il faut cesser de vouloir se moderniser à tout prix en laissant l’argent tout diriger. C’est une erreur sur le plan humain comme pour l’avenir de la planète. Changer de système, sans tomber dans la planification étatique à la soviétique, garder une voie libérale pour les entreprises sans tomber dans une compétition outrancière, est une voie étroite, mais obligatoire.

C’est aux politiques de savoir donner la priorité à l’intérêt général et non à des privilégiés. En auront-ils la force et le courage ? Rien n’est moins sûr. Dans ce cas il faudra que le peuple souverain puisse le faire lui-même. Le mur de l’argent, renforcé par la politique de l’offre, est ébréché. Pour l’abattre, il ne faut guère compter sur les classes politiques qui ont été et sont encore proches des grandes entreprises et des groupes de pressions financiers. Qui sinon le peuple lui-même pourrait prendre des mesures coercitives suffisantes pour diminuer les bénéfices des grandes entreprises et ceux de leurs actionnaires ? Pour interdire les licenciements ? Pour augmenter les impôts progressifs ? Pour interdire les fuites de capitaux ? Il est peu probable en effet, malgré les discours officiels, que les politiques actuels puissent avoir une main suffisamment ferme pour répartir les richesses en défaveur de la classe à laquelle ils appartiennent.

Les marchés…

Des mesures importantes devront encourager les investissements productifs en interne. Revenir sur les traités Européens en changeant les articles sur les critères de convergence. Changer de système ne peut se concevoir dans l’état actuel du système politique et économique dépendant des traités européens.

Les marchés étant issus de la création de la monnaie et des mouvements de celle-ci, l’arbitrage, comme on l’a vu entre l’offre et la demande des biens achetés se fait, selon Keynes, en fonction de l’avantage qu’elle propose selon l’époque, la production (capitalisme productif) ou le prêt (capitalisme financier). La croissance qui peut ne pas être uniquement fondée sur la production matérielle, régulée dans un sens écologique, est de toute façon indispensable, dans les deux cas pour maintenir et développer l’emploi.

La cause et les responsabilités des pertes d’emploi sont donc connues : c'est ce déséquilibre entre le rendement du capitalisme financier par rapport au rendement du capitalisme productif qui détermine la prospérité. Pour le plein emploi, il faut favoriser évidemment ce second volet : la rentabilité plus élevée de la finance par rapport à celui de la production diminue les investissements productifs et le développement des entreprises. Donc le besoin en main-d’œuvre diminue.

Ce jeu de bascule ne pourrait être mis en œuvre que par des citoyens conscients et organisés qui en auraient le pouvoir. Favoriser le travail ou les banques, ce choix appartient aux citoyens. Même si les chances sont faibles, elles existent encore plus en période de crise.

Louis Peretz

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