Venezuela : les raisons d'un échec

1 Février 2010
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Il y a deux ans, Hugo Chavez profitait des pétrodollars pour mettre en place une politique sociale ambitieuse. Pourtant, aujourd’hui, rien n’a changé. L’économie du pays est toujours aussi fragile. La semaine dernière des étudiants ont manifesté, à Caracas, pour protester contre les pénuries d’électricité et la détérioration des services publics. La police vénézuélienne a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Les raisons d’un échec.



Article publié pour la première fois le 31/01/2008.

Venezuela : les raisons d'un échec
Chávez profite de la rente pétrolière pour mener des politiques sociales ambitieuses. Pourtant, la diminution de la pauvreté et des inégalités est restée faible. L’économie, quant à elle, est toujours trop dépendante du secteur pétrolier pour favoriser le développement national.

Lors de l’arrivée au pouvoir de Chávez, en janvier 1999, la situation sociale du Venezuela est préoccupante. La pauvreté est massive, près de 30% de la population vit avec moins de deux dollars par jour, et les inégalités atteignent des sommets, 10% des plus pauvres détenaient moins de 1% des revenus tandis que les 10% les plus riches touchaient 36% des revenus. Au niveau économique, le Venezuela était proche de la récession. Sur la période 1980-1999, le Produit Intérieur Brut (PIB) n’a fait pratiquement que baisser, entraînant le développement du secteur informel qui regroupait, en 1999, plus de la moitié des travailleurs.

Face à ces défis, le gouvernement Chávez a proposé une nouvelle voie en concentrant politiques sociales et économiques sur le développement local et humain. C’est autour de cette vision qu’a émergé le concept de « socialisme du XXIe siècle ». Mais en l’absence d’un corps de doctrine très élaboré, il reste difficile à définir. Le socialisme de Chávez, comme il l’admet lui-même est encore à inventer.

En 2007, le pétrole représentait 85 % des exportations

Les alter-mondialistes l’envisagent comme la promesse d’un nouveau modèle de développement tandis que l’opposition vénézuélienne y voit les dérives autoritaires et populistes du président vénézuelien. Les politiques sociales ont hérité de cette ambiguïté en offrant, pour l’instant, aux secteurs populaires plus de reconnaissance, certes associée à toute une gamme de programme d’urgence, que de réelles redistributions.

En nationalisant le secteur pétrolier, en juillet 2007, le socialisme prôné par Chávez a étendu un peu plus son emprise sur l’économie vénézuélienne, victime de « pétro-dépendance ». Phénomène récemment accentué par la hausse du prix du pétrole. Entre 1998 et 2006, la part des exportations de pétrole dans les exportations totales est passée de 69% à près de 85% et le revenu pétrolier moyen par personne a augmenté de 226 à 730 dollars.

En 2006, le revenu pétrolier représentait près de 50 % des recettes fiscales Les milieux d’affaires nationaux et étrangers s’inquiètent face à la stratégie économique de Chávez qu’ils jugent peu rentable. Exxon-Mobil et Conoco Phillips, deux entreprises pétrolières américaines, ont ainsi refusé de céder 60% de leurs parts à l’entreprise publique Petroleos de Venezuela (PDVSA) et ont préféré quitter le pays.

Mais pour le président vénézuélien, cette nationalisation est, avant tout, sociale puisqu’elle a pour objectif de permettre une meilleure redistribution de la rente pétrolière vers les milieux les plus défavorisés. Pour cela, Chávez finance les programmes sociaux de son gouvernement avec l’argent du pétrole. En 2006, l’entreprise publique PDVSA versait déjà près de 20% de son chiffre d’affaire au budget national, soit à peu près 17 milliards de dollars dont un tiers est allé au financement des missions bolivariennes, base de la politique sociale de Chávez.

Un équilibre fragile

Ces missions s’adressent aux personnes les plus défavorisées en leur offrant des services auxquel elles n’avaient jusque-là pas eut accès. Il existe aujourd’hui 22 missions qui touchent chacune des domaines différents. La mission "Barrio Adentro" ("Au cœur du quartier") dispense des soins primaires à travers un réseau de cliniques populaires et l’aide de médecins volontaires dont près de 15 000 médecins cubains. La mission "Mercal" fournit aux plus pauvres un circuit de distribution de produits de première nécessité à des prix subventionnés. Au niveau éducatif, la mission "Robinson" propose des bourses de rattrapage éducatif.

Ces dispositifs ciblés ont permis d’améliorer les conditions de vie des plus démunies. Même s’il faut utiliser les statistiques fournies par le gouvernement vénézuélien avec beaucoup de prudence, on observe une réduction de la pauvreté et des inégalités. L’indice de développement humain a sensiblement augmenté aussi bien selon l’INE, l’institut vénézuélien de statistique, que le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). La hausse est cependant plus élevée pour l’INE que pour le PNUD. Au niveau économique, le nombre de travailleurs employé par le secteur informel diminue. En 2005, il est passé en dessous de son niveau de 1998. Le taux de chômage a enfin commencé à diminuer, tout en restant supérieur aux niveaux atteint en 1995-1998.

Les coopératives, fer de lance de la révolution bolivarienne, sont considérées, par le gouvernement vénézuélien, comme une composante essentielle d’« un modèle économique orienté vers le bien-être collectif ». La constitution bolivarienne de 1999 déclare, dans l’article 118, que l’Etat doit à ce titre les promouvoir et les protéger. Grâce à ce soutient, le nombre de coopératives enregistré est ainsi passé de 1000, en 2001, à plus de 120 000, fin 2006. Malgré cette prolifération, leur impact dans l’économie vénézuélienne reste encore faible. Selon les chiffres de l'INE, le secteur coopératif ne représentait, en 2006, que 240 000 emplois sur un total de plus de 11 millions.

Chávez agit ainsi de manière chronique sur un certain nombre de problèmes sans pour autant fournir les réformes nécessaires pour les résoudre sur le long terme. Les politiques sociales paraissent alors avoir plus de rentabilité politique que sociale.

Pour en savoir plus sur le Venezuela, cliquez-ici.




1.Posté par Gérard le 02/02/2010 17:24

Il faut dire que la chute du prix du pétrole ne l'a pas aidé. Néanmoins, il est sur que la politique économique de Chavez était insuffissament tournée vers l'international.

Pensez-til vraiment pouvoir vivre en autarcie ? A l'époque à laquelle nous vivons ?

Encore une fois c'est le peuple qui trinque....

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