Comment sauver l’Ecole française ?

5 Septembre 2009
Propos recueillis par Vincent Paes



L’École française va mal. Et en cette rentrée scolaire, le malaise s’affiche. « Entre les murs », film choc sur les lycées français, sortira mi-septembre. Mais, en cette fin août, c’est le livre, Au secours ! Sauvons notre école, qui décrit le mieux le mal dont elle souffre. C’est l’occasion pour Économie et société de soulever la question de l’avenir de l’École avec son auteur, Sébastien Clerc, professeur ultra motivé de français et d’histoire. Éléments de réponse.

Économie et société : Comment avez-vous décidé d’écrire ce livre ?

Sébastien Clerc : Durant toutes ces années, j’ai accumulé trop de choses sur le cœur. Il a donc fallu que j’écrive. Au début, cela est resté personnel. Mais au bout d’un moment, poussé par ma compagne, je me suis dit qu’il fallait que mon expérience serve aux autres, qu’ils se sentent moins seuls. J’espère également que ce livre servira de base à une réflexion et à un débat sur l’avenir de l’École.

E. S : Quelles solutions proposez-vous pour sauver l’École ?

S. C : Il n’y a malheureusement pas de solutions miracles. Néanmoins quelques pistes doivent être abordées. A deux niveaux : au niveau des structures (lycée, collège…) et au niveau ministériel. Les établissements peuvent améliorer les conditions de travail en mettant en place des projets communs et en encadrant mieux les élèves. Par exemple, l’orientation est souvent problématique. Certains élèves souhaitent faire des métiers dans lesquels il y a des débouchés, mais il n’y a pas suffisamment de places dans les écoles. Résultat, ils se retrouvent dans des filières inadaptées et manquent de motivation.

Au niveau ministériel, je pense qu’une réforme des concours devrait être menée . Ils sont inadaptés par rapport à nos futurs métiers. L’aspect théorique y prend une part trop importante. De plus, je pense qu’il faudrait faire des concours à une échelle régionale. Dans les zones difficiles, il y aurait plus de postes mais, en échange, les enseignants devraient s’engager à rester une certaines périodes de temps. L’année à l’IUFM doit également être repensée.

E. S : Justement, que suggérez-vous ?

S. C : Il faut que la pratique prenne une place beaucoup plus importante. Pour cela, je propose que des cours de tenue de classe soient organisés. On nous dit qu’il n’y a pas de solutions miracles mais c’est faux. Par exemple, où se placer dans une classe ? Au début, j’avais la fâcheuse tendance de faire des tours complets, c’était une véritable catastrophe. Ou encore, lorsque j’allais voir individuellement les élèves. Maintenant, je sais que ce sont eux qui doivent venir me voir, à mon bureau, comme ça, tout en pouvant aider un élève, je garde le contrôle sur ma classe. Toutes ces petites choses doivent être enseignées aux futurs enseignants pour leurs faire gagner du temps et surtout de la confiance. Qu’ils n’arrivent pas démunis devant leurs élèves.

E. S : Dans votre livre, la situation dans votre lycée est assez tendue. S’est-elle améliorée depuis ?

S. C : Oui, l’ensemble du personnel du lycée (enseignants, CPE, surveillants…) commence à prendre les choses en mains. Nous menons une réflexion plus en équipe. Nous essayons, par exemple, de monter des projets communs afin que la vie du lycée s’améliore. Depuis quelques années, nous avons mis en place la journée « tenue professionnelle ». Une fois par semaine, les élèves doivent s’habiller comme s’ils se rendaient à un travail. L’idée a été bien accueillie. Pour eux, cela est vécu comme un amusement, ils veulent se faire beaux. Mais je suis sûr que derrière tout ça, des valeurs sont transmises et, qu’en fin de compte, ils comprennent le message que l’on veut faire passer.

E. S : Le malaise chez les professeurs est-il toujours présent ?

S. C : Oui. Sans aucun doute. Et le phénomène ne touche pas que les plus jeunes. Tous les âges sont concernés. C’est un métier éprouvant. Avoir peur d’enseigner, c’est quelque chose de vraiment grave. Les arrêts maladies ou les départs en préretraite continuent d’être fréquents. Ils sont le résultat d’un malaise profond. Mais heureusement, les démissions sont rares.

E. S : Après huit années d’enseignement, vous semblez toujours aussi motivé. Qu’est-ce qui vous pousse à continuer ?

S. C : Sentir la progression d’une classe. Sans hésitation. Sentir que des élèves participent et s’intéressent plus est pour moi une véritable reconnaissance. On se dit : "j’y suis arrivé". Et ce moment-là fait oublier tous les moments difficiles.

Pour en savoir plus sur son livre, cliquez-ici

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Propos recueillis par Vincent Paes