Cloud et open source : le couple idéal ?

9 Décembre 2014
Jean-Michel Franco



Vous vous souvenez sûrement du best-seller "Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus", roman à succès de John Gray paru en 1992 ? Cette métaphore s'applique à merveille à la vie de couple mais est aussi remarquablement bien adaptée quand il s'agit de souligner la relation entre deux modèles économiques qui ont bouleversé l'industrie du logiciel : le cloud et l'open source.

Le cloud change le centre de gravité des applications d'entreprise

Le cloud a profondément changé la façon dont les applications d'entreprise sont utilisées, pour ne pas dire "consommées" comme le peuvent être des produits de consommation courante dans la vie de tous les jours. Des ressources humaines à la gestion de la relation client en passant par les applications collaboratives, le cloud est devenu le modèle économique principal pour la majorité des nouveaux projets qui voient le jour. Il a permis à de nouvelles sociétés comme Salesforce, Workday, Box et Dropbox de devenir les nouveaux chantres de l'hypercroissance, dans des secteurs aussi variés que le CRM ou les logiciels collaboratifs. Ces nouvelles solutions bouleversent le marché, car ils déplacent le centre de gravité des applications d'entreprise.

Et ce modèle est tellement disruptif que les leaders traditionnels du marché doivent généralement compter sur la croissance externe pour espérer se tailler une part du gâteau, tout en tentant tant bien que mal de transformer leurs solutions traditionnelles dans ce nouveau modèle, sans aucune garantie de succès : on peut citer Microsoft et Skype, Yammer ou Parature, SAP avec Ariba, Concur ou Successfactor ou Oracle avec Eloqua, Taleo, Bluekai et bien d'autres. Toutefois jusqu'à présent, il y a un marché que le cloud n'est pas parvenu à bouleverser: celui des plateformes de données. Par plateformes de données, nous entendons toutes les solutions qui permettent de se connecter à des volumes massifs et hétérogènes de données, les profiler et les enrichir, avant de les envoyer vers un ensemble varié d'applications.

Généralement, cela est réservé aux outils de BI, d'analytique, de gestion ou de gouvernance des données. Prenons l'exemple de la Business Intelligence et de l'analytique. Pourtant bien établi dans le domaine des solutions traditionnelles, la BI "cloud" est encore une niche malgré la présence d'acteurs possédant les technologies pour faire basculer le marché. Mais aucun acteur ne peut prétendre aujourd'hui avoir le même impact qu'un Salesforce ou un Marketo dans son domaine (et ce, même si Salesforce lui-même cherche sans doute à démontrer le contraire avec la toute récente annonce de sa nouvelle offre en la matière, Salesforce Wave).

L'open source, complément idéal du cloud pour la gestion de données de nouvelle génération

En parallèle, l'open source peut amener une vraie rupture sur ces marchés. Sur celui de la gestion de données, l'open source a mis fin à 25 années d'innovation minimale avec l'arrivée des bases de données NoSQL et de Hadoop. Des sociétés comme Cloudera (qui a levé cette année pas moins de 900 millions de dollars !), HortonWorks (dont l’introduction en bourse est imminente), ou MapR sont devenues des mines d'or pour les investisseurs et leurs clients. Comme ce fut le cas pour le cloud dans le domaine des applications d'entreprise, ces plateformes changent le centre de gravité au cœur de l'entreprise. Pour faire face aux nouveaux enjeux du Big Data, les solutions traditionnelles sont remises en cause et de nouveaux environnements se posent en sérieuses alternatives.

Des environnements ouverts pour pouvoir faire face à l’hétérogénéité et la variété des données, capables de se réinventer au rythme de l'innovation, de s’adapter à des montées en charge fluctuantes, tout en restant abordables en termes de coûts pour correspondre à la longue traîne de la gestion de l'information au sein de l'entreprise. L'open source semble ainsi posséder toutes les cartes pour être le modèle adéquat afin de bâtir ces nouveaux environnements. Et bien sûr, au-dessus de cette couche de gestion de données réinventée, les solutions et outils doivent également être dotés des mêmes atouts. Nous n'essayons pas ici de sous-estimer l'impact du cloud sur les applications centrées sur les données. Mais une fois de plus, tout est question de positionnement du centre de gravité. Les données devraient rester proches des usages, et donc des applications qui les exploitent. Si celles-ci sont majoritairement à l’intérieur de l’entreprise, alors il n’est pas nécessairement opportun de les déplacer dans le cloud.

A l’inverse, si les applications sont dans le cloud, de même que si les données sont majoritairement des sources externes, alors pourquoi les déplacer et les recopier dans les infrastructures de l’entreprise ? Au vu du glissement progressif des applications vers le cloud, et aussi parce que le big data incite à exploiter de nouvelles sources de données, notamment externes, il y a fort à parier que ce centre de gravité évolue lui aussi dans le cloud. Mais, aujourd’hui, c’est très rarement le cas, et ce glissement doit pouvoir se faire progressivement. Le meilleur moyen pour y parvenir est de s’appuyer sur des plateformes plus ouvertes et flexibles. Amazon Elastic Map Reduce, Google Big Query ou Microsoft Azure HDInsight nous montrent ainsi d'ores et déjà que l'association du cloud et de l'open source donnent des résultats fantastiques en termes de gestions de données dans le cloud. Cela nous ramène à notre métaphore initiale sur Mars et Venus. Plusieurs années après la publication du livre, une étude de l'Université de Rochester réalisée auprès de 13 301 personnes concluait que les hommes et les femmes n'étaient finalement pas si différents que cela et qu'ils possédaient bien plus de points communs que ne le laissait suggérer l'ouvrage de John Gray. Alors pourquoi n'en serait-il finalement pas de même pour le Cloud et l'Open Source ?

A propos de l'auteur : Jean-Michel Franco est directeur marketing produit chez Talend.

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