« A coup de dépénalisation, on va revenir à 17 000 morts par an »

30 Juillet 2015
Jehanne Collard



Selon le journal La Croix, la ministre de la Justice, Mme Christiane Taubira va présenter demain un projet de loi prévoyant la dépénalisation de la conduite sans permis et sans assurances. Les conducteurs fautifs ne risqueront plus la prison mais une simple amende.

Alléger la charge des tribunaux

On est saisi par l’esprit d’à propos de ce gouvernement. A la veille du grand chassé-croisé des vacances, c’est un signal fort envoyé aux automobilistes : allez-y, tout est permis ! L’an dernier les morts et les blessés graves ont augmenté sur les routes, les délits sont en hausse de 17,6 %. C’est pas grave, continuons joyeusement !

On comprend l’admirable cohérence du projet : on allège ainsi la charge des tribunaux. Et peu importe si on engorge du même coup les cimetières et les hôpitaux. Alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Dépénalisons aussi la conduite en état alcoolique, sous l’emprise de la drogue, les grands excès de vitesse, ce que certains réclament depuis des années ! Et, à coup de dépénalisation, on va rapidement revenir à 17 000 morts et 100 000 blessés graves par an.

Responsabilité pénale des décideurs politiques

Sérieusement, je me pose des questions : y-a-t-il encore un premier ministre ? Se souvient-il qu’il préside le comité interministériel de la sécurité routière qui n’a jamais entériné une telle mesure ? Se souvient-il qu’il a réaffirmé, il y a peu, sa volonté de réduire le nombre de morts sur la route à 2 000 par an ? Pense-t-il sérieusement qu’il va y parvenir avec de telles initiatives ? Faudra-t-il, pour retrouver un peu de cohérence, que les prochaines victimes d’un conducteur sans permis engagent la responsabilité pénale des décideurs politiques ?

A propos de l'auteur : Jehanne Collars est avocate pour les victimes des accidents de la route.

Jehanne Collard