Tribune : une solution pour la Grèce et autres pays endettés

30 Avril 2013
Louis Peretz



Il serait si simple pour les États endettés comme pour les banques qui détiennent des créances sur eux, de rayer d'un trait de plume leurs dettes à court terme. Il suffirait que, par compensation, les banques inscrivent sur leurs comptes les liquidités correspondantes exactement « comme si » elles venaient d'être remboursées. Nous allons voir que ce "tour de passe-passe- arrangerait tout le monde en effaçant (presque) tout … et en recommençant après avoir en quelque sorte mis les pendules à l'heure.

De l’argent en caisse

Certes du point de vue purement comptable cela peut être considéré comme un faux en écriture. Normalement dans un bilan on doit inscrire la stricte vérité sur valeurs qui y sont chiffrées. Dans notre cas, les chiffres ne seraient en rien modifiés, on indiquerait simplement qu'ils ne correspondent plus à des créances du moins celles à court terme, mais seraient inscrites sous forme liquide, donc disponibles. De l’argent en caisse.

Certes les banques seraient frustrées de n'avoir pas d'intérêts à toucher, mais sortiront renforcées par ces nouvelles liquidités alors qu'elles se battent avec des actifs dits pourris parce que leurs futurs remboursements ne sont pas totalement garantis. Il serait intéressant pour elles d'augmenter leurs réserves plutôt que de risquer des impayés. En effet la Grèce, récemment, n'a pas remboursé la totalité des dettes arrivées à échéance. Il y a quelques années c'était l'Argentine qui a refusé de payer toutes ses dettes. Récemment c'est l'Islande.

Plutôt que de perdre leurs créances les banques sont généralement obligées de s'assurer auprès d'organismes appropriés (CDS) ce qui les oblige à augmenter les taux d'intérêt si elles re-prêtent à des emprunteurs douteux. Mais la charge de ces intérêts augmente le montant de la dette à rembourser. C'est un cercle vicieux qui enfonce de plus en plus les pays qui sont obligés par la rigueur budgétaire de diminuer leurs possibilités de remboursement. Alors que dans notre cas, une partie du déficit budgétaire qui provient de ce service de la dette serait effacée sans qu'elle donne lieu au moindre transfert de liquidités.

Des banques ont prêté à l’État français sans intérêt

Quel tribunal pourrait les juger et les condamner si les parties sont d’accord entre elles pour appliquer cette méthode ? Les États désendettés pourraient trouver ainsi des marges de manœuvre pour la relance. Cette proposition peut paraître absurde. Mais elle permet de dénoncer l’aspect fictif de la monnaie financière qui se gorge des taux d’intérêts. Au point que cette monnaie bancaire court actuellement de façon très volatile dans le monde entier à très court terme (les banques prêtent de l'argent qu'elles n'ont pas en réserve). Comment dans ces conditions pouvoir faire figurer ces valeurs dans leurs bilans ! N'y a-t-il pas déjà tromperie sur la véracité de leurs bilans ?

On comprend aussi pourquoi, récemment, des banques ont prêté à l’État français sans intérêt. Que les taux au Japon et aux U.S.A sont tombés presque à zéro, suivis par la BCE. On revient ainsi à la limite à situation que l’on a connue avant les années 1973. Tout se passe comme si la banque prêteuse, au lieu de passer le non-paiement d’une dette étatique par compte de pertes et profits était sa propre assurance. Il ne devrait pas être interdit de changer de règles dans un cas exceptionnel, si les deux parties, y trouvent des avantages. Puisque, comme on vient de le voir l’argent est pure convention, les dettes ne le sont-elles pas également ?

Cupidité malsaine

Pourquoi cette technique simple et logique n'aura pourtant aucune chance d'être adoptée ? Parce que la BCE, organisme de tutelle qui contrôle les banques mettra certainement un veto à ce type de solution. Parce que cela créerait un précédent moins favorable que le rendement des intérêts. On confirme ainsi la cupidité malsaine des banques aveuglées par la seule source de leur bénéfice. Ce qui les rend responsables en général des crises et de ses conséquences dont la rigueur imposée, qui entraine de grandes souffrances pour les populations concernées.

Cette proposition aura eu au moins l’avantage de montrer qu’il faudrait arrêter la propagande officielle qui insiste sur le montant extraordinaire des dettes souveraines des pays du sud européen avec l’objectif réel de faire accepter ces rigueurs et autres austérités par ces populations qui n’en sont pas responsables. Alors que cette responsabilité leur incombe à l’origine ainsi qu'aux dirigeants qui nous ont fait accepter les traités européens. Pour ceux qui s’intéressent au fonctionnement en général de l'économie, je développe, entre autres, cet aspect de la finance prédatrice dans mon livre En finir avec les crises et le chômage

Louis Peretz