Le malentendu entre politiques et marchés continue

7 Janvier 2013



"En France et en Allemagne il y a une très faible culture des marchés. Les Européens ont globalement ignoré la dynamique des marchés. Il y a certes souvent décalage entre la finance et les fondamentaux de l'économie, mais il faut comprendre pourquoi, et agir en conséquence. On peut l'ignorer lorsque l'on affiche des excédents. Lorsque l'on est en déficit, on ne peut pas se payer le luxe d'ignorer le marché qui doit financer les dépenses de l'état.

Des réactions de court terme

(...) Il y a un malentendu total entre les politiques et les professionnels de la finance. En croyant bien faire, ils suscitent du soupçon. Dernier exemple en date, le fait de recapitaliser la BCE. Dans l'esprit de certains, cela va renforcer les moyens de la Banque, soulager le FESF, et donc tout cela va dans le bon sens. Vu des marchés, cela fait penser que les pertes essuyées par la BCE cette année seront, peut-être, catastrophiques, et cela engendre au contraire doutes et craintes", déclarait, il y a deux ans Laurent Bilke, ancien de la Banque de France et de la BCE et actuellement head of global inflation strategy chez Nomura International.

Aujourd’hui, le malentendu continue. Sauf qu’il semble plutôt venir des marchés financiers. En décembre, Le rendement de l'emprunt d'État français à 10 ans est ainsi tombé sur un plus bas historique ce mercredi, sur le système de transaction Tradeweb. Dans l''après-midi, le rendement à dix ans de la France est même passé sous le niveau symbolique de 2%, atteint début août... La raison ? Les actifs considérés comme "sûrs" continuent à être recherchés par les investisseurs...

Aux États-Unis, rien n’est résolu

Autre exemple. Vendredi dernier, le coût d'emprunt à 10 ans de la Grande-Bretagne a ainsi brièvement dépassé vendredi celui de la France. La raison ? La Grande-Bretagne bénéficie encore d'une notation triple A, à la différence de la France qui a perdu la sienne l'an dernier, mais la perspective d'une dégradation s'est accrue ces dernières semaines, les agences spécialisées comme Standard & Poor's craignant notamment une hausse de l'endettement du pays jusqu'en 2015.

Aux États-Unis, les marchés se sont également emballés après que Barack Obama avait annoncé avoir trouvé un accord pour faire face au fiscal cliff. Pourtant, cette solution est plus que temporaire et le risque demeure : si rien n'est fait, l'Etat fédéral américain pourrait être déclaré insolvable car il ne sera pas en mesure de rembourser sa dette...