Le bras de fer entre Google et les éditeurs ne fait que commencer

29 Décembre 2009



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Après Internet, Google souhaite dominer l’univers des livres. Lancé en 2004, le programme Google Books compte déjà 10 millions de livres. Le moteur de recherche devient ainsi la première bibliothèque virtuelle au monde. Google continue dans le principe du gratuit. Au total, le groupe propose 3,5 millions de titres gratuitement. 1,5 million sont libres de droits et 2 millions sont disponibles grâce à des accords passés avec les éditeurs. Pour les autres, les internautes doivent se contenter de courts extraits.

Mais ce nouvel outil ne fait pas que des heureux. Editeurs et auteurs voient dans un mauvais œil ce nouvel outil. Aux Etats-Unis, ces derniers ont lancé dès 2005 une procédure collective contre Google. L’objectif ? Lutter contre la numérisation et la diffusion d’extraits sans leur autorisation. En novembre, les deux parties ont réussi à trouver un accord. Pour chaque livre répertorié et numérisé, deux tiers des revenus lié à son exploitation sont versés aux ayants droit. L'accord, qui ne s’applique qu’aux ouvrages anglo-saxons, devrait être validé début 2010 par la justice.

Cette décision a motivé les éditeurs et auteurs francophones. Et la justice vient de leur donner raison. Le 18 décembre dernier, le tribunal de grande instance de Paris a interdit à Google de poursuivre la numérisation et la diffusion d'ouvrages sans autorisation des auteurs et éditeurs. Google à jusqu’à la fin de l’année pour retirer l’ensemble de livres concernés.

Il devra payer 10 000 euros par jour de retard. Pire encore, il a condamné le géant américain à une amende de 300 000 euros à verser, à titre de dommages et intérêts, à La Martinière, troisième groupe d'édition français. Une décision qui ne devrait pas trop pénalise Google. En 2008, la société américaine avait réalisé un chiffre d’affaires de 21,2 milliards de dollars pour un résultat net de 4,2 milliards.

Google fait appel

Mais pour les groupes d’éditions français, l’objectif n’est pas de stopper la numérisation des livres. En réalité, il s’agit d’une manœuvre afin de pression sur Google. Ils savent qu’ils ne pourront pas empêcher la numérisation des livres. Ils souhaitent prendre une part du gâteau, comme les éditeurs américains ont su le faire. Il va de l’intérêt des éditeurs français de ne pas rompre les liens avec Google. D’ailleurs, dès la décision du tribunal connue, les grands noms de l’édition française se sont empressés d’ouvrir les bras au moteur de recherche américain. Serge Eyrolles, directeur général de la maison d’édition du même nom, a ainsi déclaré : "il faut que Google arrête de numériser derrière notre dos et comprenne que nous sommes prêts à discuter".

De son côté, le géant américain ne baissera pas les bras aussi facilement. Il vient d’annoncer qu’il fera appel. Il plaide pour usage plus équitable des droits d’auteur. Selon lui, les éditeurs et auteurs ont tout intérêt à voir une partie ou l’intégralité de leur ouvrage numérisé. En effet, ces derniers peuvent profiter de la force de frappe du moteur de recherche afin de développer leur vente. Pas sur que cet argument suffise à les convaincre. Cette stratégie permet néanmoins à Google de gagner du temps. Élément indispensable pour mener des négociations en vue d’un accord. Le bras de fer peut enfin commencer.