L’Allemagne doit quitter l’Euro !

17 Mai 2012



"Messieurs les Allemands, sortez les premiers !" C’est l’apostrophe provocatrice de l’économiste Charles Sannat. Son raisonnement est convaincant :

Une idée très belle

"L’idée de l’euro est très belle, comme celle de la construction européenne. Pour toute personne saine d’esprit la construction européenne est une évidence. Néanmoins, en économie la beauté des choses n’est que peu d’importance. La réalité c’est que les déséquilibres économiques de nos 17 pays ne peuvent plus désormais trouver de résolution à travers les ajustements monétaires, qui restent la seule et unique solution économiquement viable."

Pendant ces 10 dernières années, le mythe d’une monnaie unique bénéfique a perduré, pendant que les économies ne cessaient de diverger. En fait, la différence de système économique s’est affirmée entre l’Allemagne et les pays du Sud. Le peuple allemand a été appelé à des sacrifices, pour l’intégration de la RDA, puis la conquête de la suprématie économique. Paradoxalement, c’est le gouvernement social-démocrate du chancelier Schröder qui a obtenu le plus de sacrifices des organisations ouvrières, telles que la TVA sociale, la flexibilité du temps de travail, la retraite repoussée, l’absence de salaire minimum… impensable chez nous et nos grands voisins italiens et espagnols.

Résultat : désindustrialisation massive chez nous avec déficit de 70 milliards d’euros de la balance commerciale, tandis que celle de l’Allemagne est bénéficiaire de 180 milliards. Pour rattraper les Allemands sur ce terrain, il faudrait une cure d’austérité impensable chez nous… Il faut donc trouver une autre solution.

Une impasse

Que peut faire François Hollande ? Les discussions avec l’Allemagne montrent un fossé infranchissable. L’Allemagne est d’accord pour une relance économique, mais sans nouvelles dépenses, ce que la situation critique de la dette justifie amplement. Elle propose flexibilité du travail, réduction des dépenses publiques et compétitivité des entreprises. Ce qui signifie augmentation de la précarité de l’emploi, règle d’or et TVA sociale. Exactement à l’opposé du programme Hollande. Il ne peut accepter un tel programme sans se renier complètement. L’impasse parait complète.

Essayer de sauver la face de l’union sacrée entre les deux ennemis de naguère par un compromis creux serait une faute lourde, en prolongeant la chute économique de notre pays. Alors, faut-il casser l’euro ? L’inconvénient de ce scénario serait la brusque augmentation de la dette résultant de la dévaluation certaine du franc par rapport à l’euro, qui augmenterait mécaniquement les remboursements. A laquelle se rajouterait une augmentation des intérêts d’emprunt résultant d’une dégradation probable de rating des agences de notation. On ne pourrait plus rembourser la dette sans un programme d’économies draconien, socialement inacceptable, et qui pourrait tuer le malade en le guérissant, par baisse de l’activité.

Garder l’euro…

Alors, il vaut mieux garder l’euro, mais en laissant partir le beau cygne blanc allemand qui lâcherait les vilains canards du « club Med », selon l’expression d’Angela Merkel. On continuerait à rembourser en euros, mais des euros dévalués, ce qui signifie une baisse de la dette en termes réels. Et on bénéficierait d’un avantage compétitif net à l’exportation, ce qui relancerait notre industrie. Il resterait dans la zone euro des économies voisines, avec des incitations pour gommer encore les différences. Et on éviterait les dévaluations compétitives entre ces économies, dont l’Italie était naguère si friande. Il resterait une compétition saine et facteur de progrès, contrairement à la situation déséquilibrée de maintenant. Bien sûr, une discipline budgétaire devrait être instaurée dans cette nouvelle zone euro, avec une règle d’or sévère.

L’Allemagne verrait ses exportations en Europe rendues plus difficiles. En contrepartie, sa dette exprimée en marks baisserait. De plus, un sondage a montré que 60% des allemands sont favorables à un retour du mark, et une telle opinion s’exprime aussi dans les milieux économiques allemands (dont la hantise est de payer pour les autres, ce qui est compréhensible).