De l’influence des crises pour faire évoluer nos sociétés

21 Décembre 2010
Vladimir Vodarevski



Chacun voudrait que le monde avance sereinement et progressivement, mais, en vérité, il n'avance que par à-coups et à l'occasion de crises. Ainsi, c'est la crise des années trente qui a largement façonné le monde actuel, et c'est la crise d'aujourd'hui qui est en train de créer l'Europe de demain.

Le monde actuel en matière économique est en effet issu de la crise des années trente. Cette crise avait provoqué une compétition monétaire, chaque pays dévaluant sa monnaie. Après la Seconde Guerre mondiale, la coopération monétaire a été institutionnalisée, sous l'égide des accords de Bretton Woods et du FMI, créé à l'occasion.

Ce sont aussi les accords du GATT qui sont lancés. Pour la première fois, le monde tente d'organiser le commerce mondial. Le GATT aboutira à la création de l'OMC. Ces accords du GATT tiraient la leçon des politiques protectionnistes prises lors de la crise des années trente, et qui avaient aggravé cette crise. L'objectif du GATT étant de créer des règles pour le commerce mondial, et éviter le protectionnisme unilatéral.

La construction européenne

Aujourd'hui, c'est la construction européenne qui s'accélère, acculée par la crise de la dette souveraine de certains Etats de la zone euro. Il est reproché aux pays de la zone euro de ne pas mener des politiques économiques suffisamment harmonisées. Il y a bien des critères de Masstricht à respecter, mais chacun s'en accommode, l'Allemagne et la France allant jusqu'à provoquer un assouplissement du pacte de stabilité, en 2003, pour ne pas être sanctionnées pour déficit excessif.

Il faut reconnaître qu'il est compliqué de sanctionner par une amende un pays qui est déjà en déficit excessif, c'est-à-dire en difficulté. D'autre part, chaque État est logiquement jaloux de sa souveraineté, et n'acceptera pas de se faire imposer une politique.

C'est pourquoi ce qui se déroule aujourd'hui est historique. En effet, les États ont imposé des politiques à des pays de la zone, en échange de leur aide. En particulier, l'Irlande ne voulait pas d'aide. Mais la BCE ne voulait plus assurer les fins de mois des banques irlandaises, qui étaient devenues les principales bénéficiaires des injections de liquidités de la banque centrale.

Une tentative d’harmonisation

Bien sûr, les Etats de la zone euro n'ont pas pu obtenir le rehaussement de l'impôt sur les sociétés en Irlande. Mais ils ont essayé. Aujourd'hui, les européens discutent d'un mécanisme pérenne d'aide aux pays en difficultés. Ce qui signifie un renforcement du pouvoir européen, puisque l'aide ne se fera pas sans contrepartie. Cela sera une incitation plus puissante que les critères de Maastricht à une bonne gestion budgétaire, si un pays sait qu'il peut, en cas de défaillance, passer sous les fourches caudines de ses pairs.

L'avancée peut sembler légère, mais l'euro n'a que douze ans, et n'est en circulation que depuis neuf ans. Les constructions de ce genre sont très longues. On remarquera que les Etats ont repris leur place centrale dans la construction et la gouvernance de l'Europe. Ce qui est normal, vis-à-vis de la Commission, qui n'est là que pour exécuter. Par contre, on aurait pu espérer plus d'initiative de la part du Parlement. Mais, celui-ci préfèrerait augmenter le budget de l'Union, plutôt que de s'intéresser aux problèmes de dette des pays de la zone euro. Même s'il n'est pas directement concerné par la gestion de l'euro, il s'agit quand même des pays les plus importants de l'Union.

Après les grands projets vecteurs de communication comme la Constitution ou le traité de Lisbonne, l'Europe retrouve le mode de fonctionnement qui lui a permis d'avancer jusqu'à présent: les États se réunissent pour traiter un problème concret, et un seul à la fois. On ne peut pas préjuger de ce qui en sortira, mais que le processus soit engagé est déjà une bonne chose.

Vladimir Vodarevski est économiste de formation. Il travaille actuellement dans le domaine de la fiscalité d'entreprise. Il tient un blog sur l'actualité économique.

Vladimir Vodarevski