Caractéristiques démographiques et socio-économiques des patients atteints de formes sévères de Covid-19

17 Mars 2022
Rémi Lepage



La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), en collaboration avec l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publie une étude originale sur les caractéristiques socio-économiques des personnes qui ont développé une forme sévère de Covid-19, définie par une hospitalisation, parfois suivie de complications à l’hôpital (admission en soins critiques ou décès). Cette analyse a été rendue possible grâce à l’appariement inédit des données SI-VIC, relatives aux patients hospitalisés et atteints du Covid-19 et des données de Fidéli, le fichier démographique de l’Insee sur les logements et les individus. Cette analyse couvre la période de mars 2020 à novembre 2021, soit les quatre premières vagues de l’épidémie de Covid-19 et s’appuie sur les données de 67,32 millions d’individus résidant en France métropolitaine, dont 382 000 ont été hospitalisés avec Covid-19.

L'âge n'est pas le seul critère

La comparaison des profils par âge de la population hospitalisée et de la population résidente de France métropolitaine souligne une surreprésentation des personnes âgées de 60 ans ou plus parmi les personnes hospitalisées (72 %, contre 27 % de l’ensemble de la population). Les modélisations mises en œuvre afin d’isoler le rôle propre à chaque facteur de risque confirment la forte croissance du risque d’hospitalisation avec l’âge. Le fait d’être de sexe masculin constitue également un facteur de risque, bien que d’une façon plus limitée : 52 % des individus hospitalisés de plus de 60 ans sont des hommes, alors qu’ils ne représentent que 45 % de la population des 60 ans et plus.

L’âge élevé et le sexe masculin sont des facteurs de risque bien connus de formes sévères, ce qui reflète en grande partie la distribution des comorbidités rendant vulnérables au Covid-19 dans la population (obésité, hypertension artérielle, diabète, maladies coronariennes, pathologies pulmonaires chroniques). L’apport de cette étude est de s’intéresser à d’autres facteurs de risque que le sexe et l’âge, grâce à l’appariement des données SI-VIC avec les données Fidéli qui fournissent des informations sur les autres caractéristiques socio-économiques des individus hospitalisés. Une modélisation statistique du risque d’hospitalisation met en évidence trois caractéristiques saillantes de la population hospitalisée.

La population hospitalisée réside dans des logements plus densément occupés et appartenant plus fréquemment au parc social

Les individus hospitalisés vivent moins souvent dans des maisons individuelles et résident plus souvent dans des logements sociaux (21 % contre 15 % de l’ensemble de la population). Autre constat, les individus hospitalisés résident dans des logements plus densément occupés que la moyenne : 33 % des individus hospitalisés et âgés de 50 à 74 ans résident dans un logement dont la surface par personne est inférieure à 30 mètres carrés, contre 24 % de l’ensemble des individus de cette classe d’âge. Plus précisément, le risque d’hospitalisation augmente à mesure que diminue la surface disponible par habitant et il est plus élevé pour les occupants du parc social, indépendamment de la surface disponible.

Les conditions de logement n’affectent cependant pas le risque de complication à l’hôpital, ce qui suggère qu’elles captent essentiellement un risque accru d’exposition au virus dans des espaces confinés où les contacts sont plus fréquents et les gestes barrières plus difficiles à mettre en place.

Un risque d’hospitalisation décroissant avec le niveau de vie

Les individus hospitalisés ont en moyenne un niveau de vie inférieur de 6 % au niveau de vie moyen de l’ensemble de la population et 57 % des individus hospitalisés ont un niveau de vie inférieur à la médiane. La surreprésentation des populations les plus modestes se retrouve au sein de chaque tranche d’âge, et est d’autant plus marquée que les individus hospitalisés sont jeunes. Cette surexposition des bas revenus reste marquée même lorsque l’on prend en compte les conditions de logements des individus (vivre dans un logement surpeuplé ou dans un logement social). Cet effet du revenu peut refléter des conditions de vie et de travail associées à un risque accru d’exposition au virus, ainsi qu’une présence plus fréquente de comorbidités chez les plus défavorisés.


Une population hospitalisée plus souvent née à l’étranger

Troisièmement, les individus hospitalisés sont plus fréquemment nés à l’étranger : c’est le cas de 26 % de ceux âgés de plus de 35 ans, contre 17 % de l’ensemble de la population de plus de 35 ans. Cette part plus importante des personnes nées à l’étranger se retrouve au sein de toutes les tranches d’âge. Toutefois, cette surreprésentation ne concerne que les individus nés hors d’Europe, en particulier les personnes nées en Afrique (Maghreb et Afrique subsaharienne) : 17 % des individus hospitalisés de plus de 35 ans sont nés en Afrique, contre 9 % des résidents de France métropolitaine du même groupe d’âge (graphique). Cet effet du pays de naissance, déjà mis en évidence par de nombreuses études internationales ayant identifié l’origine ethnique comme facteur de risque, pourrait refléter une inégale répartition des facteurs d’exposition (profession, respect des gestes barrière) ou de vulnérabilité (présence de comorbidités).

La quatrième vague se distingue des vagues précédentes, ce qui pourrait traduire les effets des campagnes de vaccination

La quatrième vague de l’épidémie se distingue des vagues précédentes sur deux points. D’une part, l’âge influence de manière moins marquée le risque d’être hospitalisé : le risque d’hospitalisation des individus ayant entre 80 et 85 ans est (une fois contrôlé des autres caractéristiques socio-économiques disponibles) 5,7 fois plus élevé que celui des personnes ayant entre 35 et 40 ans lors de la quatrième vague, alors que ce même risque était 17,8 fois plus élevé lors de la première vague. D’autre part, le lien entre niveau de vie et risque d’hospitalisation est plus marqué : 63 % des individus hospitalisés lors de la quatrième vague ont un niveau de vie inférieur au niveau de vie médian contre 53 % lors de la première vague. Ces deux spécificités pourraient s’expliquer par la diffusion différente de la vaccination par âge et par niveau de vie.

La vaccination ayant été d’abord réservée aux plus âgés, ses effets protecteurs se traduiraient par un moindre risque d’hospitalisation dans cette population. Par ailleurs, d’autres travaux ont montré que le recours à la vaccination croît avec le niveau de vie, ce qui pourrait expliquer que les formes sévères de la quatrième vague aient davantage affecté les plus modestes, moins fréquemment vaccinés. L’interprétation de ces résultats est cependant délicate, étant donné que l’information sur la vaccination utilisée dans le cadre de cette étude n’est pas individuelle.

 


Le risque de décéder à l’hôpital reste légèrement moins élevé chez les personnes aux plus hauts revenus

La proportion de personnes décédées durant leur séjour à l’hôpital s’élève à environ 20 % sur l’ensemble des vagues, mais présente de fortes disparités en fonction de l’âge et du sexe des patients. La mortalité à l’hôpital passe de 3 % chez les 35-50 ans à 32 % chez les plus de 80 ans, et atteint 42 % chez les hommes de plus de 80 ans. Une fois encore, l’âge et le sexe sont essentiellement des indicateurs de l’état de santé. Chez les moins de 75 ans, le risque de décéder est également corrélé avec le niveau de revenu : toutes choses égales par ailleurs, plus le niveau de revenu augmente, plus le risque de décéder décroît.

En revanche, cet effet ne se retrouve pas chez les 75 ans ou plus. Il est possible que la distribution inégale des comorbidités selon le niveau de vie soit particulièrement manifeste chez les plus jeunes, dont la santé peut être dégradée du fait de conditions de vie ou de travail défavorables.

Rémi Lepage