2016, vers une année boursière encore volatile

28 Décembre 2015
Nicolas Chéron

Après une année 2015 pour le moins animée en bourse, mais néanmoins fructueuse pour l’essentiel des indices ̶ actuellement proche de 4 700 points, l’indice CAC 40 n’est pas loin de clôturer l’année sur un gain de 9% ̶ , à quoi peuvent s’attendre les investisseurs en 2016 ?



Et si les bourses européennes clôturaient 2015 sur un quatrième exercice consécutif positif ? À seulement quelques jours du passage à 2016, et sauf catastrophe majeure, les investisseurs devraient se réjouir des gains enregistrés par les marchés actions. À l’échelle de l’Eurostoxx 50, la performance depuis le 1er janvier avoisine 4% (et +23% sur trois ans), tandis que le Nikkei 225 et le Dow Jones s’envolent de respectivement 12,40% et 12%. À l’opposé, les indices émergents accusent encore le coup (depuis un an, l’indice MSCI Emerging Markets perd environ 16%), pénalisés notamment par la tempête estivale qui a secoué la bourse chinoise.

L’influence des politiques monétaires

En 2016, les stratégies monétaires des banques centrales devraient continuer de monopoliser l’attention des marchés. La dépendance quelque peu exclusive des marchés aux annonces des banques centrales réduit l’influence d’autres catalyseurs, plus conventionnels. Les cours resteront « administrés » par la Fed et la BCE, comme ils l’ont été en 2015. Les facteurs fondamentaux concernant la santé des entreprises et leurs résultats ont, en comparaison, un peu moins d’influence que par le passé sur le comportement des investisseurs. Les indices devraient garder globalement une orientation positive, mais sans dynamique fondamentale puissante, et surtout, avec des risques de trous d’air et de sursauts de volatilité.

Dans cet environnement monétaire si particulier, entre resserrement progressif de la politique de la Fed outre Atlantique et davantage d’assouplissement quantitatif en Europe, les « newsflows » des banques centrales constituent le principal catalyseur des marchés. Mario Draghi, le gouverneur de la BCE, sera particulièrement attendu au premier trimestre. Après avoir dévoilé quelques options, concernant l’accélération du Quantitative Easing européen, à l’occasion de la réunion de la banque centrale au début du mois de décembre, Mario Draghi devra passer à l’acte pour tenir les promesses faites aux marchés. Pour la Fed, l’année 2016 sera celle du relèvement des taux directeurs.

Tout en douceur, conformément à la volonté de Janet Yellen. Après avoir opéré une première hausse de 0,25% à 0,50% il y a dix jours, la banque centrale américaine devra annoncer un deuxième mouvement, probablement au mois de juin. La Fed souhaiterait procéder au maximum à deux hausses de taux dans les douze prochains mois, une façon de protéger les marchés contre tout mouvement brutal des taux d’intérêt.

Et si la Fed était victime de sa trop grande patience ?

Mais attention. Les plans des banques centrales pourraient tout-à-fait être contrariés par une évolution inattendue de l’environnement macroéconomique. La prudence de la Fed quant au timing de sa remontée des taux, qui arrive un peu tardivement par rapport au cycle économique américain, pourrait jouer des tours. La croissance économique est arrivée à maturité alors que la Fed ne fait qu’enclencher son resserrement. Si d’aventure l’économie américaine s’essoufflait, la banque centrale n’aurait alors que peu de marge de manœuvre pour assouplir à nouveau sa politique monétaire, encore relativement « dovish ». Le risque serait de voir une récession s’amorcer, alors que les taux directeurs américains sont à peine à 0,75% ou 1% à l’horizon d’un an.

Dans ce cas, en partant de si bas, une nouvelle séquence de repli des Fed funds aurait peu d’impact sur le soutien à l’économie ! A contrario, le risque pour la BCE est de devoir réviser ses intentions et donc décevoir les marchés, si l’inflation redémarrait plus fortement qu’attendue en Europe en 2016. La banque centrale devrait lever le pied sur son Quantitative Easing, et non le renforcer comme elle l’a promis récemment. Un tel scénario pénaliserait à la fois des marchés actions déçus, mais aussi les marchés obligataires qui subiraient une hausse des taux d’intérêt, synonyme de correction.

Perspectives d’investissement

La stabilisation des perspectives économiques de la Chine (grâce notamment aux effets d’une politique monétaire toujours ultra accommodante) après des craintes excessives l’été dernier, milite en faveur d’une reprise de la demande en faveur du métal, historiquement corrélé à la santé économique du pays. D’autant que le cours du métal semble avoir touché un niveau plancher. De même, nous croyons au scénario d’un possible rebond du baril de pétrole. Mais, le timing des investisseurs sera là essentiel, car le cours risque de rester très volatil avant une stabilisation pérenne.

Notre scénario est celui de fluctuations entre 30 USD et 60 USD au cours de l’année. Des séquences passagères de baisse à partir du niveau actuel (à 38 USD), sont donc à prendre en compte. Et pour parier sur ce thème en bourse, les valeurs parapétrolières (Vallourec, par exemple). Ces titres ont fortement dévissé au cours des derniers trimestres (décote d’environ -70%). Pour Vallourec, un rebond proche de 40% au premier semestre 2016 n’est pas à exclure ! Enfin, dans l’univers des taux et devises, nous ne croyons pas au consensus actuel voyant le dollar s’apprécier vigoureusement dans les mois à venir, porté par une hausse des taux d’intérêt américains.

Dans la mesure où le relèvement des Fed funds sera très progressif, le scénario d’une hausse brutale des taux obligataires a selon nous relativement peu de chance de se produire. En revanche, en Europe, le Bund est exposé à des mouvements haussiers. Nous pensons qu’une reprise de l’inflation plus tôt qu’attendue pourrait générer une tension sur le taux à 10 ans allemand. Le retour du risque politique en Europe pourrait également servir de catalyseur à la hausse des taux souverains en 2016.

A propos de l'auteur : Nicolas Chéron est stratégiste pour CMC Markets.

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