Chronique : Bis repetita

9 Décembre 2010
Morad El Hattab et Irving Silverschmidt
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Chronique : Bis repetita
Si l’Histoire ne se répète pas, on ne peut pas en dire autant de la finance. La crise qu’a traversée l’Europe en novembre 2010 est quasiment la copie conforme de celle qu’elle a endurée en mai 2010. Quand allons-nous apprendre de nos erreurs ?

À partir de la fin avril 2010, sur les marchés, les investisseurs fuyaient les risques…tous les risques, et les quatre États périphériques de la zone euro (Grèce, Portugal, Irlande, Espagne) ne pouvaient tout simplement plus placer leurs papiers (leurs obligations), des bruits affreux commençaient à circuler sur l’Italie, tandis que le Ministre français du budget, M. François Baroin, évoquait des menaces sur la notation AAA de la France par les Agences de notation pour justifier la réforme des retraites.

Acte I : la Grèce

Le vendredi 7 mai 2010, la Chancelière de l’Allemagne Fédérale, Mme Angela Merkel, fut convaincue par le Président de la Banque centrale européenne (BCE) que ce n’était point seulement Athènes qui succombait aux attaques mais la zone euro. De fait, depuis le début 2010, la BCE intervenait progressivement pour refinancer des banques grecques exclues des marchés financiers et des prêts interbancaires. Les crédits au jour le jour accordés aux banques grecques sont ainsi passés de 38 milliards d’€ (7,8% des actifs des banques grecques) à 47 milliards d’euros fin mars 2010.

Par la suite, la BCE a anticipé la création des mécanismes de sauvetage européen : le fonds européen de 110 milliards d’€ surtout destiné à la Grèce et l’EFSF (European Financial Stability Facility) qui est un mécanisme de garantie des emprunts des Etats faibles par les seize Etats de la zone euro pour un montant de 440 milliards d’euros dont 150 par l’Allemagne, 110 par la France et 60 par les autres Etats membres. La BCE a alors acquis au cours du mois de mai 2010 pour 64 milliards d’€ d’obligations des quatre Etats périphériques, surtout la Grèce.

De nouveau, depuis octobre 2010, la Grèce, le Portugal et l’Irlande ne peuvent plus placer leurs emprunts. Leurs banques ne peuvent plus emprunter sur les marchés et elles sont de fait exclues des prêts interbancaires, les liquidités des banques portugaises, grecques et surtout irlandaises sont à présent approvisionnées par la BCE.

Acte II : l’Irlande

Les lignes de crédit de la BCE atteignent, pour l’Irlande 121 milliards d’euros, soit 80% du PIB de l’Irlande, pour la Grèce 95 milliards d’€ soit 40% du PIB, pour le Portugal 50 milliards d’€ soit 29% du PIB et pour l’Espagne 72 milliards d’€. Le total des lignes de crédit de la BCE pour ces quatre pays atteint donc 338 milliards d’€ sur l’ensemble des 520 milliards prêtés par la BCE. S’il est admis que prêter aux banques d’un pays plus de 10% du PIB de ce même pays ressemble fort à une subvention, alors la BCE devient pour le Portugal, la Grèce et surtout l’Irlande un tendre et affectionné Saint Bernard…

Mais surtout les engagements de la BCE témoignent d’une crise financière dans l’Eurozone comparable sinon plus aiguë que la crise de mai 2010. D’autres ressemblances se présentent aussi, par exemple, l’insistance de l’Allemagne à vouloir punir les États pêcheurs avec l’obligation de plans de rigueur sauvages. Cette fois-ci, l’Allemagne a innové : elle exige par la voix de son ministre des finances, M. Wolfgang Schaüble, la punition non seulement des pêcheurs mais de leurs créanciers. Du coup, plus personne ne veut acquérir des titres de dettes des États faibles.

Quel avenir pour l’Eurozone ?

Chronique : Bis repetita
Certes, la déclaration hâtive de l’Allemagne selon laquelle seuls les acquéreurs de dettes publiques après 2013 seraient concernés par d’éventuelles restructurations n’a qu’à moitié convaincu. Que se passera- t-il après mai 2013 ? Obligée de pallier à l’absence des marchés pour refinancer les banques des Etats faibles de l’Eurozone, la BCE est furieuse des déclarations allemandes. Mais surtout, les vraies causes des crises de l’Eurozone ont été exposées au grand jour par la BCE sans le vouloir.

En effet, les marchés indiquent que les obligations de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande ne trouvent pas preneur, mais ces trois Etats n’ont pas vraiment besoin d’emprunter sur les marchés.
La Grèce s’approvisionne auprès du fonds européen de 110 milliards d’euros sous forme d’emprunts à trois ans (et ses banques auprès de la BCE) tandis que le Portugal et surtout l’Irlande se sont refinancées. Et leurs finances publiques peuvent tenir jusqu’à l’été 2011.

Les taux d’intérêt sur les Bons du Trésor grecs, portugais et irlandais indiquent simplement la valeur d’échange de ces titres sur les marchés. Par contre, les banques de ces trois pays ne peuvent plus s’approvisionner qu’auprès de la BCE. La vérité sort donc peu à peu des bois où elle était cachée. Si la crise des finances publiques grecques est une vraie crise des finances publiques, dans le cas du Portugal et surtout de l’Irlande, elle résulte de la liquidation d’une bulle immobilière financée à crédit par les banques et évidemment les banques locales (au Portugal et en Irlande) y ont fortement participé.

Les finances publiques irlandaises en particulier étaient fort saines, mais depuis, le gouvernement irlandais a décidé de garantir toutes les dettes de ses banques, et pas seulement les dépôts des particuliers…le montant garanti atteint 450 milliards d’euros soit trois fois le PIB annuel de l’Irlande.

Acte III ?

Or, les banques irlandaises ont financé la bulle immobilière de l’Irlande bien au-delà de ce que leur permettaient leurs dépôts. Ainsi, la «Bank of Ireland» a prêté quelque 160 % de ses dépôts et les crédits qu’elle a accordés ont financé une bulle immobilière, ils ne valent guère mieux que de vulgaires «subprimes». Pourtant, la «Bank of Ireland» avait magistralement réussi les «stress tests» européens cet été 2010.

Les faits vont-ils encore se répéter ? Aurons-nous droit à un acte III ? Possible. Après la Grèce et l’Irlande, le Portugal et l’Espagne sont les principaux prétendants. Affaire à suivre.

Les deux auteurs ont publié en août 2010, La vérité sur la crise. Pour en savoir plus sur ce livre, cliquez-ici.


Morad El Hattab et Irving Silverschmidt

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