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Pour un tiers des Français, l'impôt est une extorsion de fonds

1 Décembre 2014
Rémi Lepage
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Défiants envers le système politique et financier, les Français dénoncent la mauvaise gestion des impôts par les pouvoirs publics et aspirent à des formes directes, collaboratives et locales de solidarité.



La société française a de longue date consenti à un impôt élevé, contrepartie de services publics de qualité et d’une redistribution des richesses. Dans un climat économique qui ne cesse de se dégrader, ce pacte social et fiscal est aujourd’hui ébranlé : selon l’étude « Les Français, l’impôt et la solidarité » réalisée par Opinion Way pour Finsquare, une écrasante majorité des Français ne perçoit plus le paiement de l’impôt comme un geste de solidarité et remet fortement en cause la capacité des pouvoirs publics à utiliser l’argent des impôts à des fins de solidarité et dans le sens de l’intérêt général. De plus en plus défiants envers un système politico-financier qu’ils jugent opaque, les Français aspirent à des formes de solidarité économique locales dont ils veulent être les acteurs directs.

Une extorsion de fonds plus qu’un acte solidaire

« Depuis 2008, les pouvoirs publics n’ont cessé d’en appeler à l’effort collectif pour redresser la situation économique du pays. Mais, concrètement, pour les gens, cela s’est traduit par une pression fiscale accrue et non par une amélioration de la situation », souligne Polexandre Joly, Co-Fondateur et CEO de Finsquare. « Cette étude envoie un signal fort aux élus de tous niveaux : les Français ne font plus confiance à la démocratie représentative pour défendre l’intérêt général. Ils veulent pouvoir choisir et agir à leur niveau, dans une logique de proximité, notamment en soutenant directement les entreprises locales, celles qui créent de l’emploi là où ils vivent. La condition qu’ils mettent à leur solidarité économique, c’est la transparence de l’utilisation qui est faite de leur argent. »

Le consentement à l’impôt est un pilier des démocraties représentatives. La majorité des Français interrogés dans le cadre de cette étude ne remettent pas fondamentalement en cause le principe de l’impôt : pour 56 % d’entre eux, payer l’impôt est un devoir citoyen, c’est-à-dire une obligation morale de contribuer financièrement à ce qui fonde le vivre ensemble et garantit la cohésion de la société. Cette vision citoyenne de l’impôt est plus affirmée chez les plus de 55 ans (63 %) que chez les 18-24 ans (45 %), ainsi que parmi les personnes dont le revenu mensuel dépasse 3500 € (71 %).

Mais face à cette majorité, se dresse une forte minorité (37 %) qui perçoit l’impôt purement et simplement comme une extorsion de fonds, chiffre d’autant plus inquiétant qu’il dépasse 50 % dans certaines catégories de la population : ceux qui gagnent moins de 1000€ par mois (56 %), ceux qui ne paient pas l’impôt sur le revenu (50 %), les personnes se déclarant politiquement proches du Front National (61 %). En marge de ces deux perceptions antagonistes de l’impôt, seule une petite minorité (6 %) considère l’impôt comme un geste de solidarité, ce point de vue n’excédant 10 % dans aucune des catégories d’âge, de ressources ou d’appartenance politique.

Les Français ne font plus confiance à la démocratie représentative

Si le consentement à l’impôt reste malgré tout majoritaire, l’utilisation que les pouvoirs publics font de l’argent des impôts suscite une forte défiance. Cette défiance est telle que la plupart des Français (73%) préféraient choisir eux-mêmes comment est affecté l’argent des impôts. Seule une minorité (26%) laisserait cette tâche aux pouvoirs publics, reconnaissant de ce fait qu’ils les jugent légitimes à l’assumer. Parmi ceux qui se méfient le plus des choix des pouvoirs publics, on trouve les jeunes (79% voudraient choisir l’utilisation des impôts), les ouvriers, artisans, commerçants et chefs d’entreprise (80%), les foyers les plus modestes (83% de ceux qui gagnent moins de 1000€), les sympathisants du FN (81%), les personnes sans préférence partisane (86%) et ceux qui ne paient pas l’impôt sur le revenu (81%).

Il est à souligner qu’aucune catégorie de la population ne se montre majoritairement favorable à laisser les pouvoirs publics choisir l’affectation des impôts. Ce désaveu sévère s’explique par le sentiment que l’argent des impôts n’est pas utilisé à bon escient. Si les Français reconnaissent que cet argent sert avant tout à faire fonctionner le service public (71%), financer des infrastructures (54%) et rembourser la dette (52%), 54% déplorent qu’il serve à entretenir le train de vie des élus. Cette critique se retrouve dans toutes les catégories de la population, y compris chez les sympathisants du PS (41%) et elle est particulièrement forte chez les sympathisants du FN (69%).

Au-delà de ce grief, les Français sont sensiblement moins nombreux à estimer que les impôts servent à aider les citoyens les plus fragiles (39%) ou à aider les entreprises (30%). En d’autres termes, la majorité de nos concitoyens ne perçoit plus l’impôt comme un instrument de solidarité et de développement économique. 84% des Français estiment ainsi que les pouvoirs publics gaspillent l’argent des impôts. Le problème commence dès la collecte des impôts : moins d’un Français sur deux (46%) estime que les pouvoirs publics s’acquittent bien de cette tâche, ce qui revient à pointer du doigt les nombreuses affaires de fraude, d’évasion et d’optimisation fiscales portées à la connaissance du public.

Un intérêt marqué pour le soutien personnel aux entreprises locales

Quant à l’utilisation de l’impôt collecté, elle ne satisfait pas non plus les personnes interrogées : seules 16% estiment que l’argent des impôts est bien investi et 14% qu’il est redistribué équitablement.Le manque de confiance dans l’utilisation et la redistribution des impôts versés à l’État s’accompagne du désir des Français d’agir à leur niveau et d’exprimer leur solidarité en investissant dans des projets économiques qui ont du sens pour eux. Ils sont ainsi 56 % à se déclarer prêts à aider financièrement les entreprises qui se trouvent près de chez eux, en prenant des part ou des actions (40 %), en leur prêtant de l’argent (20 %) et même en leur faisant des dons (2%). L’investissement dans le capital séduirait surtout les foyers les plus aisés (55 % des foyers gagnant 3500€ par mois ou plus), tandis que le prêt intéresserait des profils plus variés : 22 % des jeunes de moins de 35 ans, 24 % des cadres, 20 % des ouvriers et 24% des personnes travaillant à leur compte.

« Qu’ils soient aisés ou non, les Français veulent exprimer leur solidarité dans des actes et des projets concrets. Ils cherchent à donner du sens à ce qu’ils font et ce, sur une base locale ou dans une logique communautaire. C’est vrai pour le transport, l’hébergement, l’alimentation, le financement de projets ou d’entreprises. Dans tous ces domaines, des plates-formes collaboratives permettent aujourd’hui de rapprocher ceux qui ont des besoins de ceux qui sont en capacité de répondre tout en garantissant les intérêts de chacun. C’est incontestablement dans ces espaces intermédiés que s’inventent les formes de solidarité d’avenir », conclut Polexandre Joly.



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