L'incubation devient-elle une bulle ?

17 Novembre 2016
Daniel Benchimol
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Je trouve l'inflation de création d'incubateurs abusive. Et cela devient tel qu'on ne comprend plus vraiment l'offre et la proposition de valeur. Même si les espaces de co-working ont leur vertu, ils n'optimisent pas, loin s'en faut, les chances de succès de leurs hôtes. Si l'on essaye de mieux comprendre les motivations, on observe 4 types d'incubateurs.

Les quatre types d'incubateurs

Crédit : start-up par Shutterstock
Crédit : start-up par Shutterstock
1- Les incubateurs historiques créés par les collectivités, les incubateurs dits Allègre. Ils ne sont pas spécialisés et disposent de relativement peu de moyens. Ils étaient faits pour faire sortir les projets innovants du monde de la recherche - 'en early stage' - mais, ces critères sont en train d'évoluer.

2- Les incubateurs privés, hôtels de startups, où finalement la motivation du créateur est avant tout immobilière et, au mieux, dans certains cas, un vivier personnel pour le créateur, qui est aussi business angel, afin d'investir et être aux premières loges de la naissance d'une pépite.

3- Les incubateurs de Grands Groupes qui servent leurs intérêts sectoriels ou technologiques ; ces derniers ont pris conscience que l'innovation vient des startups où la créativité et le modèle de pensées disruptif peut leur apporter ce qu'ils n'ont plus en interne. Car beaucoup de grands groupes vivent dans le syndrome paranoïaque de "l'uberisation" de leur marché.

4- Et enfin, les incubateurs de Sociétés pour lesquelles l'incubation est tendance. Une tendance pour observer ces startuppers - comme l'on observe des animaux dans un zoo - et de voir qu'est-ce qu'on peut apprendre de ces nouveaux 'bonobos'. Ou comment, en observant ces incubés, ils pourront transformer leur Société.

L'embarras du choix

Un startupper a l'embarras du choix pour s'installer : à l'instar du Cargo à Paris (10.000 m2) ou l'ouverture prochaine de la Halle Freyssinet, l'incubateur de Xavier NIEL (35.000 m2 pour 1000 startups), et qui sera le plus grand incubateur du monde. Si l'offre de m2 est maintenant pléthorique, y compris en province, ce dont les startups ont le plus besoin, c'est d'accompagnement. Cet accompagnement que l'on trouve dans les accélérateurs et non dans les incubateurs. Et les bons accélérateurs sont malheureusement trop peu nombreux.  Parce qu'un bon accélérateur c'est l'endroit où vous trouvez tous les 'gourous' qui vont doper vos compétences mais aussi qui vont mettre à votre disposition les réseauxnécessaires à l'accélération.

Malgré tout, le côté positif c'est que la France est dans le peloton de tête de création de startups. Il est difficile de dire combien il s'en crée par an : un bon millier certainement ? Pour autant, le taux de mortalité est très fort sur notre territoire. Le numérique attire particulièrement et tout le monde rêve de créer la ''killer application''. Mais c'est comme dans le sport, nous avons de plus en plus de joueurs et pour réussir il faut jouer en 1ière division, alors que les joueurs se situent dans le monde entier. Le vivier est immense par définition mais non coordonné. Le match est mondial, donc jouer en 1ière division est réservé à une élite de peu d'élus. De mon point de vue, il n'y a pas de place en 2ième division.Car dans beaucoup de cas, comme disent les anglo-saxons 'the winner takes all'.

 

Seulement trois licornes

​En France, nous avons seulement créé 3 licornes[1] sur les 153 que compte le monde (dont 40 en Europe). Force est de constater que nous ne sommes pas au niveau. « L'âge moyen des entreprises du CAC 40 est de 105 ans, tandis que celui des entreprises du Nasdaq aux Etats-Unis est de 15 ans. » constate amèrement Emmanuel Macron. En plus de parler des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), on parle aussi maintenant des NATU (Netflix, AirBnB, Tesla, Uber). Il est alors frustrant de constater que Withings, SeLoger.com ou PriceMinister se sont vendus à des étrangers avant d'avoir atteint la taille critique mondiale...Qu'est-ce qui nous manque ? Des ingénieurs d'excellent niveau ? Certainement pas. La formation de nos ingénieurs est reconnue dans le monde entier, comme le sont nos labos et nos centres de recherche. Du financement ?

Pas au démarrage ou aux premières levées de fonds, certainement au moment des grosses levées de fonds qu'on appelle les séries B ou C. Mais pour autant, à ce stade, la startup accompagnée peut solliciter des fonds étrangers si les fonds français ne sont pas au rendez-vous. Certes, la propriété intellectuelle risque de migrer vers le pays financeur - souvent un prérequis du financeur- donc, je considère que ce n'est pas un problème de financement. Mais ce qui manque c'est certainement de l'ambition : l'ambition de révolutionner un système, de bouger les lignes, de changer le monde. Cette ambition que certains prennent pour de la mégalomanie. Si l'on analyse ce qui se passe outre Atlantique, ceux qui ont réussi leur première, voire deuxième entreprise n'ont de cesse de réinvestir sans compter, ni pour eux, ni pour ceux qui les suivent dans leurs rêves qui passent pas l'éradication du Cancer, la colonisation de Mars, le transport autonome, l'intelligence artificielle, etc... Alors cessons de croire que le seul débouché d'une startup Française est de se vendre au bout de 5 ans à un Groupe Etranger.

A propos de l'auteur : Daniel Benchimol est président de DigitalPlace.


Daniel Benchimol

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